Face aux défis de notre époque, des lieux de culture ukrainiens et français s’engagent à agir ensemble

17 juin 2026

Dans la nuit du 14 au 15 juin 2026, Mystetskyi Arsenal de Kyiv a été touché lors d'un bombardement russe. Un lieu culturel, espace de rencontres, d'échanges, où les idées circulent. Cette attaque est inacceptable. Aujourd'hui, plus de 20 lieux culturels français et ukrainiens unissent leurs forces pour affirmer la culture comme rempart contre l'adversité et comme espace de lien indéfectible. 

Découvrez leur texte commun publié dans AOC.  

Que peut un lieu culturel face aux vertiges de notre époque ? Que peut un lieu de création, de diffusion, de recherche et de rencontres quand les défis se multiplient et s’agrègent ?

Péril de la guerre et tensions géopolitiques, vulnérabilité des populations, menaces sur l’espace informationnel et polarisation des opinions, rupture numérique, détournement des valeurs et pratiques artistiques et culturelles, crises de gouvernance et budgétaire… En raison, précisément, de leur ouverture sur le monde, nos centres ouverts à tous les courants n’échappent pas aux questionnements qui bousculent nos sociétés. Ils en sont même le reflet et, d’une certaine façon, le catalyseur puisque, dans les expériences que vit au quotidien le large public qui nous fréquente – citoyens jeunes et moins jeunes, artistes, professionnels de la culture, acteurs du débat public, membres associatifs… –, tout est prétexte à discussion et mise en perspective. Nous sommes des lieux où les expériences individuelles et collectives se croisent, se confrontent et produisent cet indispensable maillage du tissu social qui permet de penser et construire le commun.

À Kyiv, les portes se sont refermées il y a peu sur la 14e édition du Festival international du livre de l’Arsenal (28-31 mai 2026). Dans ce magnifique édifice de la fin du XVIIIe siècle – dont une partie de la toiture vient d’être endommagée par les terribles bombardements de la nuit du 15 juin –, des milliers de spectateurs sont venus comme chaque année à la rencontre des auteurs ukrainiens et d’une poignée d’invités d’autres pays.

Dans un calme qui ne manque pas d’impressionner les visiteurs étrangers, les discussions se sont poursuivies dans les sous-sols du bâtiment lorsque les alertes résonnaient. Le livre comme une évidence. Le dialogue et le débat comme un acte de résistance, alors même que l’événement se tenait seulement quelques jours après les terribles bombardements du 24 février qui ont à nouveau pris et abîmé des vies, mais aussi visé et endommagé des lieux de culture de la capitale ukrainienne.

C’est dans ce cadre exceptionnel et marquant que s’est tenu un deuxième temps d’échange entre lieux et opérateurs pluridisciplinaires d’Ukraine et de France, après une première rencontre fin janvier à Marseille au sein de la Friche Belle-de-Mai. Ce rapprochement inédit s’inscrit dans la continuité du « Voyage en Ukraine », saison culturelle qui s’est étendue de décembre 2025 à mars 2026 dans différentes villes françaises, organisée par l’Institut français et l’Institut ukrainien.

 

En Ukraine, bien sûr, la guerre emporte tout. La priorité de l’État va à l’effort de guerre, au soutien à la population et au maintien de l’activité économique. Mais le pays est aussi attaqué sur sa langue, sa culture, son identité. Au rythme des alertes et sous les bombes, les lieux de culture sont devenus des lieux de refuge. On s’y met en sécurité. On y trouve du repos. On y croise des regards qui rassurent. Le souffle de la vie y prend la forme d’expositions d’artistes, de rencontres littéraires, de débats sur les grands sujets d’actualité, d’ateliers pour les enfants… En ces murs, la culture dresse un rempart contre l’humiliation souhaitée par l’envahisseur et permet de panser le quotidien. Elle dessine aussi les contours d’une nation debout qui, en dépit de l’affront subi, garde cette incroyable capacité à se projeter.

 

L’enjeu de la coopération entre nos établissements intervient à cet endroit précis du « pas supplémentaire » à faire ensemble. Les défis sont immenses ? Regardons-les sans trembler : mobilisons nos pratiques et nos ressources ; croisons nos programmations ; soutenons des créations inédites ; engageons nos publics et nos partenaires à suivre ce chemin du rapprochement entre nos cultures, nos idées, nos aspirations. Définissons une nouvelle trajectoire de coopération, forcément européenne, fondamentalement européenne, puisque qu’il s’agit là d’un ancrage commun et que, à cette échelle, nos forces se démultiplient. Nous y travaillons d’ores et déjà autour de quatre axes : la mise en réseau de nos lieux pour être en capacité de réagir face à l'urgence ; la structuration d'échanges professionnels et de formations entre pairs pour partager l'évolution de nos métiers face aux urgences culturelles, sociales et climatiques ; la poursuite de coopérations artistiques avec des programmations régulières entre nos lieux favorisant la mobilité des artistes entre nos deux pays ; l'ancrage européen avec des collaborations avec des pays partenaires. Un agenda se met en place, avec des rendez-vous dès cet automne et courant 2027 et, pour cette première phase, l’horizon d’un événement de restitution et valorisation dans le cadre de Bourges 2028, Capitale européenne de la culture.

 

Aujourd’hui, nous faisons le choix d’une coopération durable, engageante, structurée et visible. Nous ouvrons des espaces de formation, de collaboration et de débat pour nous outiller et outiller nos publics face aux fractures de notre époque. D’autres lieux, d’autres partenaires se joindront à nous. Une trajectoire se dessine.

 

Signataires :

Lucie Campos, directrice de la Villa Gillet (Lyon)

Vincent Carry, directeur général Arty Farty, Président de la Gaité Lyrique (Lyon)

Vincent Cavaroc, co-gérant et directeur artistique de la Halle Tropisme (Montpellier)

Thomas Ceugnart, directeur général adjoint Création artistique, Territoires et Partenariats, Lieux culturels pluridisciplinaire de Lille

Eli Commins, directeur du Lieu unique (Nantes)

Alban Corbier-Labasse, directeur de la Friche la Belle-de-Mai (Marseille)

Romaric Daurier, directeur de la Maison de la Culture d’Amiens (Amiens)

Ilona Demchenko, Program Director, Jam Factory Art Centre (Lviv)

Olga Diatel, Head of the Board of Insha Osvita (Kyiv)

Hervé Digne et Laure Confavreux-Colliex, cofondateurs et présidents de POUSH (Aubervilliers)

Juliette Donadieu, directrice générale de la Gaîté lyrique (Paris)

Mykhailo Glubokyi, IZOLYATSIA (Kyiv / Soledar / Donetsk)

Nataliia Ivanova, Director of CCA YermilovCentre (Kharkiv)

Ismaël Jamaleddine, directeur de La Condition Publique (Roubaix)

Alona Karavai, Board of Insha Osvita (Kyiv) and Head of the Board of Asortymentna kimnata (Ivano-Frankivsk)

Anna Karsenti, administratrice du 6b (Saint-Denis)

Pascal Keiser, commissaire général de Bourges 2028, capitale européenne de la culture

Mathieu Maisonneuve, directeur de Mains d’œuvres (Saint-Ouen)

Kseniya Malykh, Director of Promprylad Art Centre (Ivano-Frankivsk)

Eva Nguyen Binh, présidente de l’Institut français

Olesia Ostrovska-Liuta, Director General of Mystetskyi Arsenal National Art and Culture Museum Complex (Kyiv)

Rachid Ouramdane, directeur de Chaillot – Théâtre national de la danse, et Pierre Lungheretti, directeur délégué

Andrii Palash, Director of Dnipro Centre for Contemporary Culture (DCCC) (Dnipro)

Corinne Poulain, directrice générale des Champs libres (Rennes)

Stéphane Segreto-Aguilar, directeur du Relais Culture Europe

Volodymyr Sheiko, Director of the Ukrainian Institute

Українські та французькі культурні простори: діяти разом перед викликами нашого часу 

Що може культурний простір перед викликами нашої епохи? Що може місце творчості, поширення культури, досліджень і зустрічей тоді, коли виклики множаться й нашаровуються?

Загроза війни та геополітична напруга, вразливість населення, загрози інформаційному простору та поляризація думок, цифровий розрив, викривлення цінностей і мистецьких та культурних практик, кризи управління й бюджетні труднощі... Саме через свою

відкритість до світу наші центри не уникають питань, що стрясають наші суспільства. Вони навіть є їхнім відображенням і певною мірою каталізатором, адже в досвіді, який щодня переживає широка публіка, що нас відвідує - молоді й старші громадяни, митці, професіонали культури, учасники суспільних дебатів, представники громадських організацій, - усе стає приводом для дискусії та осмислення. Ми є місцями, де індивідуальний і колективний досвід перетинаються, взаємодіють і створюють ту необхідну тканину соціальних зв'язків, яка дозволяє мислити та будувати спільне.

У Києві нещодавно завершився 14-й Міжнародний фестиваль «Книжковий Арсенал» (28-31 травня 2026 року). У цій чудовій будівлі кінця XVIII століття - частина даху якої щойно була пошкоджена внаслідок жахливих обстрілів у ніч на 15 червня - тисячі відвідувачів прийшли на зустріч з українськими авторами та невеликою групою гостей з інших країн.  спокої, який незмінно вражає іноземних гостей, дискусії продовжувалися навіть у підвальних приміщеннях під час повітряних тривог. Книга - як очевидність. Діалог і дискусія - як акт спротиву, попри те, що фестиваль відбувався лише через кілька днів після чергових руйнівних обстрілів, які забрали й покалічили людські життя, а також завдали шкоди культурним інституціям української столиці.  

Саме цьому винятковому й символічному контексті останніми днями відбувся другий етап обміну між міждисциплінарними культурними просторами та операторами України й Франції після першої зустрічі наприкінці січня в Марселі на території Friche la Belle de ai. Це безпрецедентне зближення стало продовженням культурного сезону «Подорож в Україну», що проходив із грудня 2025 року до березня 2026 року в різних містах Франції та був організований Французьким інститутом і Українським інститутом.

В Україні, звісно, війна поглинає все. Пріоритет держави - військові зусилля, підтримка населення та збереження економічної діяльності. Але країна зазнає атак також на свою мову, культуру та ідентичність. Під звуки сирен і під ракетами культурні простори стали місцями прихистку. Тут можна знайти безпеку. Тут можна перепочити. Тут можна зустріти погляди, що заспокоюють. Подих життя набуває тут форми художніх виставок, літературних зустрічей, дискусій на актуальні теми, майстерень для дітей... У цих стінах культура стає щитом проти приниження, якого прагне загарбник, і допомагає заліковувати рани повсякденності.

Водночас вона окреслює обриси нації, що стоїть незламно й попри пережите випробування зберігає цю неймовірну здатність дивитися в майбутнє.   Сенс співпраці між нашими установами полягає саме в цьому «додатковому кроці», який ми маємо зробити разом. Виклики величезні? Дивімося на них без страху: мобілізуймо наші практики та ресурси; поєднуймо наші програми; підтримуймо нові творчі проєкти; залучаймо нашу аудиторію та партнерів до цього шляху зближення наших культур, ідей та прагнень. Визначаймо нову траєкторію співпраці - неодмінно європейську, глибоко європейську, адже йдеться про спільне коріння, а на цьому рівні наші сили примножуються.   Ми вже працюємо над цим у межах чотирьох напрямів: створення мережі наших просторів для здатності реагувати на надзвичайні ситуації; структуризація професійних обмінів і навчань між колегами для спільного осмислення змін наших професій перед культурними, соціальними та кліматичними викликами; продовження мистецьких співпраць через регулярні програми між нашими просторами, що сприяють мобільності митців між двома країнами; європейське закріплення через співпрацю з партнерськими державами.

Уже формується порядок денний із заходами, запланованими на цю осінь і протягом 2027 року, а на першому етапі спільної роботи орієнтиром стане підсумкова подія в межах програми «Бурж 2028 - Європейська столиця культури».   

Сьогодні ми робимо вибір на користь тривалої, відповідальної, структурованої та видимої співпраці. Ми відкриваємо простори для навчання, співпраці та дискусій, щоб забезпечити себе й нашу аудиторію інструментами для протистояння розломам нашої епохи. До нас приєднаються інші простори та інші партнери. Вимальовується спільна траєкторія.