Quand un tableau interroge l'histoire Projection ARTE de La Poupée noire

Date

Le documentaire La Poupée noire, présenté en avant-première, coécrit par Louise Thurin et Seumboy Vrainom du média Histoires Crépues, interroge la fabrique des représentations issues de l’esclavage colonial en France.

A l’issue de la projection, Louise Thurin et Seumboy Vrainom prolongeront la réflexion et échangeront avec le public, en présence de la danseuse Inès Vebole et de la compositrice Uèle Lamore.

La Poupée noire
Documentaire co-écrit par Louise Thurin et Seumboy Vrainom
Réalisé par Louise Thurin
26mn, France, 2026

Le documentaire La Poupée noire, coécrit par Louise Thurin et Seumboy Vrainom du média Histoires Crépues, interroge la fabrique des représentations issues de l’esclavage colonial en France. L’enquête naît d'un angle mort : au musée d'Orsay, le Portrait des quatre enfants d'Émile Gaillard (1868) de James Tissot dépeint en son cœur une poupée représentant une domestique antillaise, que le cartel de l'œuvre ignore. Pour traquer ce hors-champ, le film arpente une boutique de jouets anciens et la Cité de l'Économie, ancienne demeure des Gaillard à Paris. Les éclairages de Paul Perrin, directeur des collections du musée d’Orsay, de l'antiquaire Samy Odin et de la philosophe Elsa Dorlin esquissent une hypothèse troublante : et si cette poupée n'était qu'un voile opaque — indice de la présence et substitut miniaturisé d'une nourrice bien réelle ? Plus qu'une investigation historique, le film propose une véritable réparation poétique. À travers une performance sur une musique originale d’Uèle Lamore, la danseuse Inès Vebole incarne la poupée noire qui s'éveille à l'écran.

Avec

Uèle Lamore
La musique du documentaire a été écrite par la cheffe d'orchestre et compositrice, Uèle Lamore (1993-). Si son dernier album, The Magnificient Day Of Giacomo P. (2025), se jouait déjà des codes de l’opéra de la fin du XIXe siècle, sa proposition pour Poupée noire mêle les marqueurs musicaux classique à la flûte des mornes, qui nappe la quasi totalité de la bande originale. L’histoire de cet instrument à vent en bambou (dit également « toutoun bambou »), est directement liée à l’histoire de la Caraïbe et des Antilles françaises, de l’esclavage au marronage. En associant cette double revisite du répertoire classique et de la tradition créole à des sonorités électroniques et abstraites, la musique d'Uèle Lamore épouse le rythme de l'enquête et guide les pas de la danseuse Inès Vebole.

Inès Vebole
Inès Vebole (1999-), danseuse classique française d'origine martiniquaise et marocaine, incarne et performe une évocation de la figure de la poupée noire du Portrait des quatre enfants d’Émile Gaillard de James Tissot. Son maquillage de poupée de porcelaine, réalisé par Oldie Christal Mbani, est inspiré des créations de l’afro-britannique Pat McGrath pour le défilé Haute Couture printemps-été 2024 de la Maison Margiela, à Paris. Le choix d'une tenue sobre évite la simple reconstitution de l'œuvre picturale. Ce dépouillement crée un contraste visuel qui sublime le visage, les dreadlocks, le corps de la danseuse et l’éclat de ses pointes rouges. Tout au long de la pièce, portée par la composition d’Uèle Lamore, les apparitions et disparitions d'Inès Vebole — en fond de scène ou en fondu — traduisent visuellement l'invisibilisation et l'opacité historique qui entourent tant la figure de la domestique antillaise que celle de la poupée noire du tableau. Le tableau final du documentaire est un éveil de cette poupée qui, désormais seule en scène et peu à peu maîtresse de ses mouvements, investit pleinement l'espace. La chorégraphie donne à voir le labeur et la grâce du geste, la douleur de l’affranchissement progressif du corps et de l’esprit, illustrés notamment par des mouvements erratiques aux accents animatroniques, ainsi que la respiration lourde et les silences provoqués par la souffrance de sa condition, faisant directement écho aux archives de domestiques asservies qui jalonnent le film. En somme, elle est l’illustration de la tension de l’énigme centrale à l’intrigue du documentaire : la poupée — être, objet, être-objet ?


Louise Thurin 
Louise Thurin est une autrice, commissaire d'exposition et chercheuse, spécialisée dans les cultures visuelles des mondes noirs. Depuis 2021, elle coordonne notamment des programmes de recherche pour AWARE: Archives of Women Artists, Research & Exhibitions, une unité du Centre Pompidou, où elle s'attache à renforcer la visibilité des artistes femmes caribéennes, africaines, afro-descendantes et autochtones par la production de savoirs. Son expertise l'a notamment amenée à intervenir comme consultante pour le programme UNESCO Les Routes des personnes mises en esclavage en 2024. Élevée dans la culture martiniquaise transmise par sa mère, Louise Thurin a débuté ses études en histoire et histoire de l'art au sein d’une classe préparatoire littéraire (CPGE), au cours de laquelle elle a effectué un stage au sein du service de la documentation de la conservation du musée d'Orsay — où elle est revenue plus tard comme agente de billetterie saisonnière durant ses études à l'École du Louvre (2018–2020). Louise Thurin est l'autrice et la réalisatrice de son premier documentaire, La Poupée Noire. Des images virales qu'elle a filmées figurent également dans le film d'Émile Rabaté pour France Télévisions, Les Statues de la discorde (2021).

Seumboy Vrainom :€
Seumboy Vrainom :€ est le créateur de la chaine Histoires Crépues. Après des études aux Beaux-Arts, il voyage en Chine et en Afrique où il se confronte à l’héritage colonial français. De retour en France, il poursuit ses recherches en passant par Sciences Po et Paris 8, et en participant à la vie militante. En mars 2020, il se lance le défi de vulgariser l’histoire coloniale française sur les réseaux sociaux (Instagram, TikTok, Youtube, X, Twitch...). 3 ans après, avec plus de 320k abonné.e.s et 20M de vues, la chaîne Histoires Crépues s’affirme comme une référence d’histoire coloniale française.