"La bombe démographique" malthusienne, le vieillissement et la baisse de la population qui mettraient en péril l'économie et justifieraient un "réarmement démographique", "le grand remplacement" lié aux migrations... Ces inquiétudes nourrissent la science-fiction dystopique comme les utopies politiques et font l'objet de prévisions futuristes, voire de prophéties alarmistes incessantes dans l'espace médiatique. Pourquoi la démographie charrie-t-elle tant d'angoisses ? Dans quelle mesure peut-on se fier à ses prédictions ? A quoi sert la démographie ?
Pour ce tournage de l'émission Les Idées larges (ARTE), Laura Raim reçoit Hervé Le Bras, l'un des démographes français contemporains les plus renommés. Pour lui, la démographie sert de baromètre à la nation. Quand la fécondité diminue, on craint le déclin, voire la disparition ; quand la mortalité augmente, on fustige l'État incapable d'assurer la santé publique. La démographie est une science sociale, elle a pour ambition de traduire des phénomènes biologiques (naître, mourir, se reproduire, s'unir) en données chiffrées, pour les objectiver. Mais c'est aussi un outil de gouvernance, un instrument politique et économique pour gérer les populations au profit de l'État. Quelles sont les fonctions politiques actuelles de la démographie dans nos sociétés ? Comment marche ce baromètre ? Et peut-on lui faire confiance ? Hervé Le Bras propose une réflexion critique sur le rôle, la méthodologie et les dérives potentielles de "la science des populations" qui serait "la plus précise des sciences sociales".