Cultures Queer Avec l'Université Sorbonne-Nouvelle

Date

Comment repenser l’espace d’exposition pour véritablement inclure la communauté queer ? Cette journée d’étude offre des pistes pour dépasser l’effet vitrine et initier des transformations durables.

Comment repenser les pratiques d’exposition ?

Dans les années 1980, la réappropriation politique du terme queer, transformant l'injure en outil de résistance, a bouleversé les normes hétéropatriarcales en affirmant une identité collective fière et subversive. 

Aujourd’hui, cette dynamique s’étend aux institutions culturelles, appelées à être queerisées, soit à se transformer en profondeur en s’ouvrant réellement aux communautés concernées et en intégrant leurs voix dans les processus de décision, de création et de médiation.
Pour éviter une inclusion purement symbolique, les pratiques d’exposition doivent évoluer vers une co-construction des discours, valorisant la pluralité des récits.

Cette journée d’étude, organisée par les étudiant·es de Master 2 Médiation du patrimoine et de l’exposition de la Sorbonne Nouvelle s’articule autour de trois temps d’échanges portés par des professionnel·les du monde de l’art. Pensé comme un espace de discussion, ce format vise à repenser collectivement les pratiques d’exposition.

Programme

Introduction & Table-ronde #1

    ➜ 13h45
    Introduction à l’histoire des cultures queer et à leurs représentations
    Cet échange avec l’historienne de l'art Ana Bordenave proposera une réflexion autour de l’histoire des représentations d’artistes LGBTQIA+, interrogeant l’histoire culturelle et les usages bénéfiques ou anachroniques du terme « queer ». Comment qualifier les cultures « queer » avant la fin du XXème siècle, comment écrire une histoire qui rende visibles ces figures et récits longtemps marginalisés, ou encore comment faire place aux récits sociaux dans le récit artistique ?

    Table ronde 1 : Langage et médiation, s'adresser à tous.tes dans les espaces d'exposition 
    Le langage est un vecteur d'inclusion ou d'exclusion, un outil révélateur des mécanismes de pouvoir et de domination. Comment intégrer un lexique queer dans les pratiques de médiation sans dépolitiser les enjeux ? Quel est le rôle et la posture du·de la médiateur·ice ?

        Table-ronde #2 & Workshop

        ➜ 16h30
        Table ronde 2 : Inclure véritablement les artistes queer dans les institutions culturelles 
        Comment passer d'une inclusion symbolique à une inclusion réelle ? Comment éviter l'instrumentalisation des identités et donner aux artistes un véritable pouvoir d'action sur les projets ? Quelles stratégies curatoriales et de gouvernance partagée permettent de rééquilibrer les rapports de décision ?


        Workshop : Vers des institutions culturelles inclusives - Dispositif de partage des bonnes pratiques
        Lors d'un temps convivial et collectif, intervenant·es et spectateur·ices seront invité·es à enrichir un dispositif participatif inspiré de l'action Le département de plaintes des Guerrilla Girls. Ce moment a pour objectif de permettre à chacun·e de faire part de son retour d'expérience et d'alimenter les réflexions menées lors des tables rondes.

        Avec

        Ana Bordenave
        Historienne, critique d'art et cheffe de projet culturel indépendante. Ses travaux croisent féminisme, pratiques artistiques et identités politiques, avec un intérêt pour les cultures lesbiennes et queer. En 2024 et 2025, elle mène une étude sur les trajectoires d'artistes femmes et minorités de genre pour la FAP à Bruxelles, et organise un cycle de rencontres sur les cultures Lesbiennes pour AWARE à Paris. Anciennement présidente de l'association Contemporaines, elle a co-fondé avec Camille Kingué un programme de mentorat dédié aux artistes femmes, trans et non-binaires

        Elena Lespes Muñoz
        Historienne de l'art et curatrice. Responsable des publics à Bétonsalon, centre d'art et de recherche, elle mène une réflexion sur les pédagogies radicales et les modes de partage des savoirs. À travers une approche curatoriale de la médiation, elle s'intéresse aux formes de participation des publics et aux dynamiques de pouvoir qui traversent les institutions artistiques. Elle s'essaie à développer des pratiques fondées sur la confiance et le partage de l'autorité. 
        Jessica Triss et Tata Foxie (Collectif Les Paillettes) 
        Depuis 2014, le collectif drag Les Paillettes explore toutes formes d'interventions : du cabaret littéraire à la lecture de contes pour enfants en passant par la performance, l'animation d'ateliers ou de jeux. Passionné•es par l'art et les cultures queer elles proposent des médiations situées au sein d'espaces d'exposition, prenant appui sur les œuvres, et puisant dans leur vécu et dans l'histoire militante lgbtqi+ pour offrir une expérience singulière, entre poésie, politique et dérision. Retrouvez les Contes à Paillettes en mars à la Gaîté !


        Pascal Lièvre 
        Pascal Lièvre est un artiste et militant français. Il développe dès le milieu des années 1990 un travail protéiforme, à l'image de son engagement dans les luttes queer et féministes. Depuis 2021, il est engagé chez Les Ami·e·s du Patchwork des Noms, association créée en 1989 qui conserve et déploie des patchworks en mémoire des personnes mortes du VIH/sida. Avec les membres de cette association, il coordonne des ateliers de restauration organisés régulièrement dans des centres d'art tels que le Palais de Tokyo.

        Meryam Benbachir
        Diplômée du MO.CO ESBA en 2024, Meryam Benbachir est artiste et critique d'art. Son travail interroge la tokenisation des personnes queer et racisées et explore les stratégies de représentation permettant d'échapper aux logiques d'instrumentalisation. Elle travaille également sur les formes d'effacement, choisies ou imposées, à travers des installations, vidéos, textes et performances. Parallèlement à sa pratique, elle est membre active du collectif Jeunes Critiques d'Art.

        Mharion Cazaux
        Docteure en histoire de l'art, elle développe une recherche consacrée aux mutations contemporaines du travestissement, prolongeant un travail mené sur l'auto-représentation et les pratiques performatives queer au XXe siècle. Elle s'intéresse à la place croissante de la performance dans la scène drag, ainsi qu'à la continuité de ces pratiques dans les sphères artistiques institutionnelles. Son approche interroge les effets de ces pratiques sur les constructions sociales du genre.


        Daisy Lambert 
        Curatrice indépendante, conçoit des projets à l'intersection des enjeux raciaux et queer, attentive aux conditions d'une inclusion pérenne des artistes dans les espaces d'exposition. Engagée sur les questions de santé mentale dans le champ de l'art contemporain, elle cofonde en 2023 le collectif SMAC, espace de réflexion et d'action dédié à ces problématiques. En 2024, elle est membre du jury du Prix Utopi·e, distinguant chaque année dix artistes issu·es de la communauté queer.

        Inès Geoffroy
        Responsable des expositions à La Villette, elle assure notamment la direction artistique de l'événement annuel 100% L'EXPO, consacré à la jeune création. Parallèlement, elle développe une activité de curatrice indépendante. En 2025, elle a notamment signé l'exposition La rhétorique du rideau à l'Institut des Cultures d'Islam. Ses recherches portent sur les représentations des personnes de culture musulmane dans l'art contemporain, en particulier des personnes queer et sexisées.