"On n'avait pas de portable, et on se parlait." "On bossait dur, sans se plaindre." "Avant, on avait le temps." Le passé a bon dos. Il efface les angles, trie ce qui l'arrange et devient, à force, un pays qu'on regrette sans jamais vraiment y être déjà allé ou retourné.
Il y a cinquante ans, un CDI s'obtenait avec un diplôme et une poignée de main, un salaire suffisait pour un trois-pièces. Aujourd'hui, on enchaîne les CDD entre deux loyers impossibles. Mais pas si longtemps avant ça, une femme avait besoin de la signature de son mari pour ouvrir un compte en banque, et avorter pouvait te mener en prison.
Sur le climat, en revanche, le passé n'a pas menti : les pare-brises se couvraient d'insectes l'été, les saisons arrivaient quand on les attendait. Ce qu'on a perdu là, on ne l'a pas inventé. Et il va falloir sacrément se réinventer pour le réparer.
Le monde était-il vraiment meilleur avant, ou juste plus simple à raconter ? Qu'est-ce qu'on a vraiment perdu en chemin, qu'est-ce qu'on a seulement oublié d'avoir dû arracher de haute lutte, et qu'est-ce qui reste encore à gagner ? Et si la nostalgie racontait moins le passé que ce qui nous manque aujourd'hui, et ce qu'on a encore le pouvoir de changer ?