Chercheuse, réalisatrice, anthropologue, observatrices de territoires en guerre qui inventent une autre vie après l’horreur : autant de regards, de témoignages et d’enquêtes qui permettent d’appréhender ce que ces territoires traversent après les terribles conflits subis. C’est le propos de la collection de livres Les routes de l’après : poursuivre les récits une fois que la presse internationale s’en est allée, et raconter cette zone grise qui n’est plus tout à fait la guerre mais n’a encore rien à voir avec la paix. Désarmer les combattants d’hier, chercher les disparus, surmonter les traumatismes, vivre aux côtés d’un bourreau, prendre en charge des enfants soldats, inventer une nation, juger les crimes commis, élaborer un travail de mémoire... Autant de manifestations d’une même question : comment revivre après l’horreur ?
Projection du documentaire en avant-première de Filmer après Assad (24 minutes, Arte reportage) d’Anne Poiret et Arthur Boutellis. Une production AFTER WAR.
Échanges entre Cécile Boëx, Aline Cateux et Anne Poiret animés par Françoise Vernet
Date
- Mardi 6 octobre 2026Audito
Que relie Mostar à Damas, deux territoires ravagés par des conflits ? Des femmes et des hommes qui après la guerre se relèvent, inventent un autre vivre ensemble, (se) reconstruisent, ...
Lorsqu’un conflit éclate, le monde s’y intéresse, puis passe à autre chose. Mais qu’advient-il après, quand les armes se taisent ?
Syrie : filmer après Assad
De Anne Poiret, Arthur Sarradin, Julien Mauranne, Alexandre Cardon, Muaoya Hamoud, Olivier Adelen - ARTE GEIE / After War / Transparences Productions - France 2026
Après quatorze années de guerre et des décennies de dictature du clan Assad, le cinéma, à l’image de toute la Syrie, tente de renaître.
Filmer après Assad, c’est avant tout affronter les fantômes du passé. L’ancien détenu Eyad Akkari revient dans la prison où il a été torturé pour y tourner un film aux côtés de ceux qui, comme lui, y ont vécu l’enfer. D’autres réalisateurs veulent raconter les massacres et les fractures de la guerre, faire surgir à l’écran une histoire longtemps interdite.
De leur côté, les nouvelles autorités misent sur les « mousalsalat », les très populaires séries du Ramadan. Elles font vivre des milliers de personnes, peuvent rapporter des devises et envoient surtout un message à toute la région : si les tournages ont repris, c’est que la stabilité est revenue en Syrie.
À travers cinéastes, acteurs, producteurs et animateurs de ciné-clubs, ce reportage raconte une industrie culturelle en pleine renaissance, mais surtout une société qui cherche comment vivre avec son passé. Car derrière les caméras, ce sont les grandes questions de la Syrie d’après-guerre qui se jouent : la mémoire, la justice, les responsabilités et la possibilité de vivre à nouveau ensemble.
Avec
Cécile Boëx
Cécile Boëx est enseignante-chercheuse à l’Ehess. Arabisante, elle a vécu à Damas pendant 10 ans. Ses recherches explorent les liens entre les images et le politique en Syrie. Après sa thèse sur la contestation dans le cinéma syrien, elle s’intéresse aux usages de la vidéo par les différents protagonistes de la révolte et du conflit (2011-2024). Pourquoi et pour qui protestataires, activistes et combattants filment ? Qu’est-ce que ces images disent de l’expérience de l’engagement et de la violence ? Elle est l’autrice du livre Retrouver Damas (collection Les Routes de l’après, Actes Sud 2026)
Aline Cateux
Aline Cateux est anthropologue, spécialiste de la Bosnie-Herzégovine, son compagnonnage avec le pays dure depuis presque 30 ans. Ses travaux portent sur les reconfigurations d’après-guerre, les modalités d'actions collectives, les paysages et les traces de violences. Elle est l’autrice du livre Mostar, ceci n’est pas une ville (collection Les Routes de l’après, Actes Sud 2026)
Anne Poiret
Anne Poiret est journaliste et réalisatrice. Depuis quinze ans, son travail s’intéresse aux situations de « ni guerre ni paix », et explore ce qui se joue après les conflits armés. Ses films ont été récompensés par deux Emmy Awards et le Prix Albert Londres. En 2023, elle a fondé AFTER WAR, une organisation dont la mission est d’améliorer la manière dont les médias racontent les réalités de l’après-guerre. Elle développe des projets innovants réunissant réalisateurs de documentaires, reporters locaux dans les pays sortant d’un conflit et chercheurs spécialisés dans les périodes de transition, à travers des documentaires, des livres et un consortium de journalistes. En 2026, elle a lancé la collection « les Routes de l’après » qu’elle dirige chez Actes Sud en partenariat avec After WAR. Françoise Vernet est responsable de la promotion des collections Nature, Société et Essais pour les éditions Actes Sud. Elle anime et programme plus de 50 tables rondes chaque année.