Hoy como ayer de Bernie Ijdis
Un portrait paradoxalement très silencieux de Juan Carlos Godoy (né en 1922), une légende du tango chanté argentin, toujours très actif et très populaire dans son pays.
Hoy Como Ayer est une tranche de vie et un morceau de nuit, qui emporte au cœur de Buenos Aires et de sa musique - née au 19ème siècle mais qui ne s'empêche jamais de chroniquer avec acidité la vie contemporaine, ses bonheurs comme ses misères.
« Ton film va être très calme, n'est-ce pas ? », demande Juan Carlos Godoy, avec une pointe de malice, au début du film. La caméra le suit depuis une dizaine de minutes et jusque là, pas un mot n'a été prononcé.
Le réalisateur hollandais Bernie Ijdis choisit de suivre avec délicatesse et en prenant tout son temps (un luxe de nos jours) ce chanteur bientôt nonagénaire alors qu'il se prépare pour son prochain concert, peut-être le millième de son existence. Avec méticulosité, Godoy s'habille, se coiffe et donne le tempo : le sien. On l'accompagne ensuite en voiture jusqu'au bar El Bandarin, qui survit, un peu caché, intemporel, au milieu d'un quartier anonyme de Buenos Aires. Lorsqu'il s'empare du micro, le film bascule. La caméra ne bouge plus, comme emportée elle aussi par le charme de l'instant.
Bernie Ijdis a opté pour un tournage très spontané, dégagé de toute contrainte de production.
Il parvient à restituer avec sobriété et beaucoup de tendresse l'âme du Buenos Aires d'hier et d'aujourd'hui. Car le tango aspire l'air du temps : loin de se cantonner à un folklore pour touristes, il hypnotise toujours, opérant au passage comme un ciment entre les couches sociales argentines.
Un film hypnotique et hors du temps, qui a réussi à captiver les spectateurs de la dernière édition du FID, à Marseille.
En présence du réalisateur Bernie Ijdis.