Le Folklore du Web
Ice Cream Guy, Jumping Michael Cera, Disaster Girl, Chubby Girl, Happy Leonardo
Internet a généré son propre folklore. Une culture populaire née de la rencontre créative entre individus et logiciels qui prend de multiples formes: des fonds d'écran étoilées ou gifs animés emblématiques des débuts du web, à la prolifération des LOLS cats, images rigolotes de chats, aux vidéos youtube et phénomènes viraux, comme le Star War Kid, le Rickroll et autre Bed Intruder. Devant la prolifération, les artistes questionnent ces us et coutumes et se réapproprient ce matériau. Une fois par mois, La Gaité se transforme en "surfing club", et vous invite à découvrir différentes facettes de cette pop culture informatique.
• CYCLE PROPOSÉ PAR MARIE LECHNER.
Folklore du web
Lors des premiers temps du réseau, les usagers devaient se contenter de télécharger passivement du contenu sur leur ordinateur personnel, bercés par les stridulations du modem, mais très vite sont apparus les premiers outils permettant, avec quelques rudiments de programmation en HTML, de créer sa page personnelle, d'y afficher du texte, des images ou de la musique. C'était au siècle dernier, le Web était un foutoir de pages persos criardes et bordéliques, truffées d'ascenceurs avec fonds d'écrans cosmiques, boutons clignotants et fichiers Midi. Le Web, alors, «était chatoyant, riche, personnel, lent et en construction, résume Olia Lialina, dans un passionnant essai sur le web vernaculaire. Les pages étaient construites dans l'espoir du lendemain, de connexions meilleures et d'ordinateurs plus puissants. Ce Web des indigènes ou des barbares était un Web d'amateurs qui allaient bientôt être dégagé par les ambitieux dotcom, les outils professionnels et le design des experts».
Des experts qui jugeaient cette production triviale et de mauvais goût et ont imposé leurs normes et standards en réaction justement à ce folklore. Ce n'était pas le cas des artistes de net.art. Formé au milieu des années 90, ce mouvement basé en Europe et en Europe de l'Est (avec Olia Lialina, Alexei Shulgin, Vuk Cosic ou Heath bunting) s'est mis à collecter ces expressions populaires dans des cabinets de curiosités et à exposer cet «art trouvé » sur le web (2) parmi leurs propres créations.
Aujourd'hui Youtube, Facebook, Tumblr ont remplacé Geocities, le principal hébergeur de pages personnelles (fermé en octobre 2009). Avec l'arrivée du web 2.0 et la mise à disposition d'outils performants et faciles à maîtriser, cette production amateur, faite par les utilisateurs pour les utilisateurs a explosé: vidéos sur youtube, machinima tournées à l'intérieur des jeux vidéos, montages d'images remixées à l'infini et disséminées sur la Toile, mèmes qui pullulent ...
Les pionniers du net.art ont transmis leur amour du folklore numérique à une nouvelle génération d'artistes, souvent née avec l'internet, qui continue à collecter, ausculter, recontextualiser ce matériau et à s'inspirer de cette culture amateur protéiforme.
(1) http://art.teleportacia.org/observation/vernacular
(2) Remediating Internet Trivia : Net Art's Lessons in web Folklore, Camille Palogue-Berges.
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