sound = space
Marchant dans le traces de Cage et Neuhaus, Bill Fontana (né en 1947) développe des sculptures sonores et des installations interactives destinées à modifier la perception d’un espace, à le cartographier symboliquement, à révéler par le biais de capteurs et de micro-contacts tout un micro-monde acoustique d’ordinaire imperceptible : les montants du Millenium Bridge à Londres, les eaux de la Tamise, le Golden Gate de San Francisco, le tramway à Lyon, les voies ferrées à Berlin, l’Arc de Triomphe à Paris... Par la grouillante vie sonore qui s’y déploie, ces sites acquièrent soudain une présence physique pour devenir des organismes dotés d’une vie autonome. « Mes sculptures sonores utilisent l’environnement humain et/ou naturel comme un système d’information musical en temps réel rempli d’évènements sonores significatifs. Je conçois la musique comme un processus naturel qui se déroule en permanence. » Ces captations, qu’il revisite parfois sous forme d’installation video, créent des passerelles entre le monde de la matière et le monde immatériel du son.
Nouvelle génération & nouvelles technologies
Une nouvelle génération d’artistes, à l’intersection de la musique expérimentale et des arts plastiques, perpétue aujourd’hui ce processus de création, enrichi par la précision des nouvelles technologies. Le plasticien sonore Céleste Boursier-Mougenot (prix Marcel Duchamp en 2010) élabore des installations « ambiantes » aux titres évocateurs : Harmonichaos, Videodrones, bruitformé, From Here to Ear... « Il s’agit pour moi de révéler des formes de musiques potentielles et non intentionnelles qui résultent de situations, d’actions et de logiques étrangères à la musique, qu’elles soient animales, machinales ou humaines. Ma démarche s’accomplit par l’élaboration de dispositifs de traduction ou d’amplification conçus pour rendre perceptibles les biorythmes et les modulations de phénomènes vivants." (in Artinfo France, septembre 2010). Dans ces environnements d’une saisissante beauté plastique, le son est produit par des phénomènes aléatoires : des bols en porcelaine s’entrechoquent dans un bassin sous l’effet d’une pompe électrique ; des aspirateurs sont reliés à des harmonicas et contrôlés par des accordeurs de guitares électroniques ; des moineaux, lâchés dans le vaste espace d’une galerie, viennent se percher sur des guitares électriques, produisant des distorsions éparses qui s’harmonisent à leurs piaillements... Loin d’être mis à l’écart, le spectateur est au contraire invité à déambuler dans ces espaces sonores le temps d’une dérive poétique.
D’autres artistes creusent le sillon du Land Art, comme en témoignent les édifices sonores conçus par Luke Jerram. Son impressionnante sculpture Aeolus, qui a nécessité deux ans d’élaboration, est constituée d’une arche métallique inspirée par les motifs d’une mosquée iranienne et de laquelle jaillit un bouquet de tubes dirigés vers le ciel. En s’engouffrant dans le goulet de cette tuyauterie d’orgue, le vent émet un sifflement vibratoire et profond comme un Om méditatif. Dans le même ordre d’idée, la sculpture Singing Ringing Tree, commissionnée par la région du Lancashire aux architectes Mike Tomkin et Anna Liu, est une gigantesque torsade de tuyaux érigée au sommet d’une montagne. Les sons qui s’en dégagent de toutes parts ressemblent à un chant céleste, conférant à la sculpture une aura extra-terrestre. L’installation Sun Boxes de Craig Russolo comprend quant à elle une vingtaine d’enceintes alimentées par des capteurs solaires. Chacune d’entre elle renferme un ordinateur qui diffuse en boucle une note ténue de guitare. Les sons interfèrent et se fondent les uns dans les autres, créant une composition évolutive dont les sonorités diffèrent en fonction du déplacement du spectateur et de l’intensité du soleil. Cette convergence discrète de la nature et de la technologie laisse envisager la possibilité d’une cohésion inédite entre l’homme et son environnement naturel.
Dans la série
Rebonds
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