Poésie à plein volume
Ce très impétueux vent s’est tout récemment engouffré dans les travées de La Maison de la poésie – caisse de résonance prédestinée, il est vrai – à l’occasion de la 3ème édition du Festival de poésie sonore, qui s’est tenue du 23 au 29 mai. A la fois déroutant et envoûtant, ce vent a également fait vibrer les murs de la Villa Arson, à Nice durant les trois mois qu’a duré l’exposition Poésie Action. D’un minimalisme presque monacal, cette (superbe) exposition donnait à entendre, au fil de petites salles/cellules d’écoute à l’agencement identique, des enregistrements réalisés par Bernard Heidsieck, l’homme par qui, au milieu des années 1950, cette inouïe poésie arriva. Qu’elle s’appelle « sonore », « action » ou encore « concrète » (comme la musique du même nom, sa sœur née à la même époque), cette poésie brûle du désir tonitruant d’échapper à la tyrannie de l’imprimé. Elle ne veut plus être comprimée entre les pages d’un livre, promises à une lente agonie, mais s’exprimer de nouveau à l’air libre, renouant ainsi un lien étroit entre l’orateur et l’auditeur.
Poubelle, les bouts joliment rimés...Poète, vos poumons ! Et que ça tressaute !
La poésie ne doit plus (seulement) s’écrire et se lire, elle doit se dire et s’ouïr : tel fut le credo, passionnément illustré et défendu par Bernard Heidsieck (dont les armes principales étaient le micro et la bande magnétique), jusqu’à sa dernière performance publique en 2007 – car, dans leurs derniers retranchements, la poésie sonore pousse les corps et, au-delà d’un certain âge (Heidsieck a aujourd’hui 82 ans), s’apparente à une gageure pour l’acteur/orateur. Si Bernard Heidsieck ne peut désormais plus se produire en public, il ne s’est pas tu pour autant (sa voix reste audible, ô combien, à travers ses enregistrements), pas plus que ne s’est tue la poésie sonore. S’il en fut le principal héraut, Heidsieck ne fut pas le seul à monter au créneau et à prendre le micro, loin s’en faut. La voie (ou la voix ?) avait été ouverte par Dada, Artaud, les futuristes et les lettristes, entre autres bardes intempestifs, et, à côté d’Heidsieck, d’autres tels que François Dufrêne et Henri Chopin s’y engagèrent la gorge la première. Depuis, d’autres encore ont suivi, Anne-James Chaton étant sans conteste l’un des organes les plus intrigants, et les plus stimulants, de la nouvelle génération – une génération pour laquelle l’ordinateur fait office de lyre.
Comme son incongru prénom ne l’indique pas forcément, Anne-James Chaton est un homme, jeune encore (il est né en 1970, à Besançon), qui, après être d’abord intervenu dans diverses revues, a commencé à faire des performances à la fin des années 1990, suite à un déclic causé par Bernard Heidsieck (il n’y a pas de hasard). Ne se bornant pas à reproduire les coups d’éclat des grands pionniers, s’ingénie – non sans génie – à forger son propre langage, intensément contemporain. Ce langage puise sa matière vive dans les (inépuisables) réserves de la vie quotidienne, Chaton griffant à tout va dans le gras du brouhaha ambiant. Tickets de caisse, relevés de banque, billets de train, coupures de presse, prospectus, paperasse administrative, et autres documents sans qualité : tout peut faire poésie, même (et peut-être surtout) ce qui n’en a pas l’air. En filigrane se devine ici une appréhension profondément équitable du langage (aucun niveau n’est présumé supérieur à un autre). Cette posture peut aussi se voir comme une tentative d’épuisement du réel, dans le prolongement évident de Pérec mais aussi des situationnistes, passés maîtres dans l’art si subtil du détournement.
Les contes de faits
A écouter
"Evénement 25", juillet 2009
"Le journaliste"
Prochaines performances :
Documents et liens
Liens
- Site d'Anne-James Chaton: http://www.aj.chaton.free.fr
- Site du label Unsounds - poésie sonore: http://www.unsounds.com/
- Site de la maison d'édition Al Dante - écritures contemporaines: http://www.al-dante.org/index.php
- Site du label raster-noton - projets expérimentaux sonores: http://www.raster-noton.net/
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