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Photo : Eric Antoine, le bras d'honneur numérique

Mercredi 29 juin 2011 par Seb Carayol Tags: skateboard, photographie
Des images de skate tirées sur plaques de verres. Le photographe Eric Antoine nous éclaire sur ses clichés anachroniques à haute valeur technique et artistique.
 
 

Noyés dans la masse des clichés basés sur la performance de la figure plutôt que sur un réel sens esthétique, les photographes de skate offrant un regard de traverse voire un regard, tout court, sur leur passion ne sont pas légion. Mais ils existent. Et 22 d'entre'eux exposent des séries complètes à Public Domaine (4e étage). Parmi ces zélateurs de l'image qui dit quelque chose, le photographe français Eric Antoine s'est demandé comment exposer sa vision de la révolution numérique. Ou plutôt, son rejet. Pour Public Domaine, il a donc décidé de ressusciter une… technique de tirage photo vieille de 160 ans, pour appuyer le bras d'honneur. Il explique.

Eric Antoine dans son studio
 
Tu peux expliquer rapidement ce qu'est un ambrotype?
Eric Antoine : Les ambrotypes sont des photos en négatif ou positif sur des plaques de verre. Cette technique date du XIXe siecle. Il y a plusieurs procédés, personnellement j'utilise le collodion humide. Cette technique était très utilisé pour le portrait, elle a aujourd'hui disparu mais est conservé par quelques photographes. Habituellement les photos sont prises sur plaques de verre à l'aide d'une chambre photographique. Les temps de pose sont si longs que ça rend la photographie en mouvement quasi-impossible. J'ai donc utilisé des ektas positifs des dernières années et je les ai exposés sur des plaques de verre.
 
Pourquoi as-tu voulu appliquer cette technique à la photo de skate ? Y'a-t-il une filiation évidente entre le skate et cette pratique-là en particulier ? 
EA : Il n'y a aucun rapport. Vue la tendance actuelle de la photographie de skate vers le tout-numérique j'aurais même envie de dire qu'elles sont à l'opposé. 
Je photographie du skate depuis plus de 15 ans et j'ai toujours essayé d'y amener les techniques argentiques que j'apprenais. Je n'avais jamais vu de photo de skate avec ce procédé alors j'avais envie d'essayer. 
Cette série représente une grosse contradiction, un anachronisme qui devrait sauter aux yeux. Il s'agit d'une prise de vue moderne (activité contemporaine, flashs multiples, moyen format et objectif fish-eye) immortalisée grâce a une technique d'un autre siècle. C'est aussi un moyen de faire un pied-de-nez à la photographie moderne et au numérique. Effectivement ça serait mieux de pouvoir les observer dans leur format naturel et ressentir le coté organique du verre mais j'avais envie de les montrer ici et j'espère que cet anachronisme se ressent bien sur grand écran... Révolution numérique.
Ambrotype d'Eric Antoine
 
Comment as-tu découvert  les ambrotypes ? 
EA : J'ai trouvé des "union case" (ambrotype dans un petit étui de cuir, or et velours) de soldats pendant la guerre de sécession américaine ou bien des photos de famille en fouinant dans les bourses photos et les marchés aux puces. J'ai trouvé ça fantastique et j'ai eu envie d'apprendre cette technique. Quelques années plus tard, j'ai rencontré Edouard Franqueville qui m'a initié à cette technique. Depuis je me suis perfectionné et je l'enseigne moi-même. Avec un peu de chance, cette technique se démocratisera a nouveau. J'en doute pourtant car c'est un procédé oublié, très capricieux, et qui demande aussi des notions de chimie. 
 
Qui tire encore ainsi aujourd'hui ?
EA : Le collodion humide nécessite tellement de temps et de patience que cette technique ne trouve plus vraiment d'audience aujourd'hui étant donné que ce sont deux notions qui sont sorties du vocabulaire contemporain. Des photographes comme Will Dunniway ou Quinn Jacobson seraient plutôt la frange conservatrice de l'ambrotype, ils s'orientent plutôt vers l'histoire du procédé et son utilisation traditionnelle. 
Sally Mann l'a peut-être rendu un peu plus populaire, mais plutôt par son aspect que sa technique. Ce que je veux dire par là, c'est qu'elle a apporté, contrairement aux autres, un sens qui allait au-delà de la simple imitation de photo d'époque ou de la démarche technique. 
La chimie de l'ambrotype
 
Qu'est-ce qui est le plus difficile dans la réalisation d'ambrotypes ?
EA : Comme je le disais précédemment, la chimie qui est très sensible et capricieuse mais surtout les temps de pose longs et la durée extrêmement courte entre le moment où la couche sensible est étendue sur le verre et le moment où elle doit être développée (environ 3 minutes). 
 
Et le plus exaltant, c'est ce côté Do It Yourself, genre "je peux tirer mes photos avec des produits achetés à la pharmacie" ? 

EA : Il y a beaucoup de phases exaltantes. Premièrement de tout faire soi même, du début à la fin, puis de voir apparaître une image négative et puis voir un positif quand on la place sur un fond sombre, et enfin le fait d'être une des personnes qui conservent une technique traditionnelle, vieille de 160 ans, pour la transmettre aux nouvelles générations. Chaque prise de vue ou heure passée dans le labo est un voyage dans le temps.

 

Eric Antoine expose sa série d'ambrotypes, "Rétroduction", au 4e étage de la Gaité Lyrique dans le cadre de Public Domaine. Son site : www.ericantoinephoto.com

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