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Je crafte, tu craftes, nous craftons

Jeudi 24 février 2011 par Elisa Mignot Tags: graffiti, design, technologie
Les broderies en LED de Becky Stern
La « culture libre » n’est pas qu’une affaire de codes sources et de programmes informatiques. Pour ceux qu’on appelle les crafters, c’est aussi du bricolage, de la broderie ou de la cuisine. Becky Stern, crafteuse et chroniqueuse américaine, nous guide dans ce monde de manuels avec un pied dans le virtuel.
 Hacking d'une machine à tricoter

Quel est le point commun entre un mode d’emploi déniché sur le net pour tricoter des moufles et Linux ? Entre une recette de quiche au micro-onde à télécharger et un logiciel open source ? C’est la « culture libre » comme le world wide web l’a faite éclore, façonnée par la gratuité, le partage et le Do-It-Yourself (DIY ou faites-le vous-même).

Une devise que la grande crafteuse – il n’y a qu’à voir son cv – Becky Stern a fait sienne. Pour cette américaine de 25 ans, le craft (artisanat en anglais) est un mode de vie. Créer de ses mains, remixer les règles, les matières et les modes d’emploi est « un instinct au même titre que manger, explique-t-elle, et ce, avec autant de façons de faire qu’il y a de cuisines dans le monde ».

Collaboratrice de sites de référence de DIY tels que Makezine, Craftzine et Instructables mais aussi blogueuse sur son Sternlab, elle a pour coutume – voire principe – de raconter et partager ses créations sous forme de vidéos, de photos ou de tutoriels, autant d’ancêtres de la fiche-tricot. (Démonstration avec l’une de ses dernières créations : le hacking d'une machine à tricoter…).

le principe du libre accès aux connaissances sur internet a fait son entrée dans le monde des objets artisanaux.

Rerooting Blythe Doll Hair
CRAFT Video Podcast from make magazine on Vimeo.
Becky est loin d’être la seule à partager ses trouvailles manuelles sur le net. Aujourd’hui, le craft est devenu un mouvement très populaire outre-Atlantique et Manche. Les rangs des crafters, ces artisans bidouilleurs et web-partageurs, ne cessent de grossir. C’est officiel, le principe du libre accès aux connaissances sur internet a fait son entrée dans le monde des objets artisanaux.
 
Entre le hacker – qui, à l’origine, n’est pas à un pirate informatique mais un programmateur débrouillard – et le crafter, il n’y a donc qu’un pas. Amour du bricolage, numérique ou artisanal et, appropriation des codes d’un logiciel ou d’une grille de point de croix,  les unissent dans un comparable élan de partage et de créativité s’élevant contre la culture propriétaire qui dicterait un savoir-faire et une ligne de conduite.
 
L’idée étant chez le crafter d’utiliser, de reproduire et de faire évoluer ses idées et celles des autres avec les moyens à sa disposition, loin des brevets déposés et des procédés industriels établis. Ainsi, quand Becky transforme une poupée Blythe, ces petite figurines aux grands yeux très à la mode, en autoportrait en lui cousant ses propres cheveux, le message est plutôt clair.
«LA FACON DONT JE CREE ET PARTAGE MES PROJETS EST LOURDEMENT INFLUENCEE PAR LES MOUVEMENTS OPENSOURCE, SOFTWARE ET HARDWARE.» Becky Stern
Beck Stern patronle patron qu'elle donne... Becky Stern collier…le collier qu'elle vend

 

« La façon dont je créé et partage mes projets est lourdement influencée par les mouvements opensource, software et hardware, confirme Becky Stern. Je partage toutes les étapes de mon processus créatif car je veux inciter les gens à créer eux-mêmes, à aller au bout de leurs idées et à les concrétiser. Je passe donc le plus clair de mon temps devant mon ordinateur mais j’ai toujours un travail manuel en tête ! »
 
Cette proximité entre la culture digitale et ce nouvel artisanat se note jusque dans la nature des objets fabriqués, à l’image du sweat à capuche estampillé FAT comme « Free Art & Technology » ou de la broderie en LED, inventés par Becky. Et même si, comme quelques autres « faiseurs » , la jeune femme est passée crafteuse professionnelle en vendant ses créations sur des sites comme etsy ou makersmarket, elle ne s’interdit pas pour autant de donner le patron de bijoux qu’elle vend. Pour la jeune femme, pas de conflit d’intérêt : « La joie de fabriquer est gratuite et n’a pas de prix ! ».
 
Cette coïncidence entre une culture issue du web et des artisanats plus traditionnels est au carrefour d’un double phénomène. Dans un même mouvement de rejet de la consommation de masse et de retour à une forme d’authenticité, le  mouvement craft est né de la volonté de personnaliser les objets de son quotidien, de les fabriquer, de les recycler.
 
Ironie de l’histoire, tout ce qui est longtemps apparu comme un symbole de la femme au foyer, un  allié du conservatisme social, revient en force avec cet élan de liberté inspiré de la culture numérique et qui touche beaucoup – il faut bien le dire – la gent féminine. «Et oui, c’est devenu à la mode d’apprendre ce que ta mère ne t’a pas appris quand tu étais jeune ! », conclut un brin amusé, la grande prêtresse du craft.
 

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