Tom Scholefield alias Konx-om-Pax
High en 3D sans acide
Il y a des jours comme ça – en général le lendemain d'une soirée bien arrosée – où l'on surfe sur le web sans trop savoir où l'on va, en se laissant porter d'un lien à un autre dans un état de semi-hypnose. C'est l'état idéal dans lequel j'ai découvert un dénommé Konx-om-Pax, sans même savoir qui se cachait derrière. Cette musique semblait venir de nulle part, ou plutôt d'une lointaine galaxie où l'imaginaire serait directement relié au cosmos – comprendre par là « l'espace intérieur ». Des morceaux électroniques planants, hantés par des visions semi-cauchemardesques, étaient livrés en pâture sur Youtube accompagnés d'animations en 3D qui en renforçaient encore l'étrangeté. Je découvrais de fil en aiguille que son label (qui n'en était pas vraiment un) s'appelait Display Copy, sortait des disques à tirage ultra-limité au graphisme impeccable et était basé à Glasgow. Celui qui en tient les commandes a pour nom Tom Scholefield et se révéle être une personnalité bien connue de la scène electro du nord de l'Angleterre. Et pour cause, il a réalisé toutes sortes de vidéos pour des musiciens aussi divers que Jamie Lidell, Hudson Mohawke, Rustie ou Mogwai et réalisé des pochettes pour Underground Resistance ou Oneohtrix Point Never. Ouais, rien que ça. En remontant le fil rouge, j'ai commencé à m'immerger dans son univers graphique, aux confins de la science-fiction à la J.G. Ballard et du kitsch inévitable de l'animation 3D. Et j'ai fini par lui écrire pour lui tirer les vers du nez.
Konx-om-Pax – A/V Live Jam
Tom a débuté dans la 3D après ses études d'art, en participant au DVD Advanced Beauty conçu par le collectif audiovisuel Universal Everything.
« Je me suis enfermé dans ma piaule pendant un mois de janvier glacial et je me suis cogné tout seul les tutoriels pour apprendre les rudiments du logiciel. On m'a commandé au même moment un clip pour le label DFA, c'était donc l'occase de passer à la pratique. » Dans ses animations, des structures géométriques aux arêtes acérées s'imbriquent les unes dans les autres pour mieux se dissoudre l'instant suivant en particules multicolores, des vanités sont transposées dans des panoramas cosmiques envahis de couleurs fluos, des jungles futuristes naissent de la prolifération de rhizomes bariolés et de végétation mutante comme échappés d'un dessin de Moebius…
« Ce côté coloré et lumineux, c'est sans doute une manière pour moi de fuir le réel, d'échapper au côté sinistre et plombant de Glasgow », reconnaît-il. Mais ne l'assimilez surtout pas au trip new age, il déteste ça. « Rien de plus gonflant que l'art psychédélique, ce genre de grands mandalas peints sous peyotl par des hippies californiens à la retraite… »
Depuis, ses vidéos ont fait le tour du monde et les gros labels indés se l'arrachent, mais pas à n'importe quel prix. Tom n'accepte de travailler qu'avec les gens avec lesquels il ne risque pas de conflit d'ego. « Une bonne relation de travail nécessite avant tout un certain niveau d'honnêteté et de confiance mutuelle, explique-t-il. Si tu ne t'entends pas bien avec les personnes pour lesquelles tu travailles, ça rend la tâche plus ardue. Je respecte énormément ce que fait la plupart des gens avec lesquels j'ai collaboré et je les apprécie tout autant comme personnes. »
Rien de surprenant à ce qu'il s'entende à merveille avec Dan Lopatin, alias Oneohtrix Point Never, qui partage le même goût pour la science-fiction sonore. « C'est l'un des mecs les plus drôles que j'ai jamais rencontré, on a beaucoup de choses en commun. J'imagine que c'est un lien générationnel spontané. Je me suis démené pour que mon boulot lui plaise, car c'est quelqu'un qui a une sensibilité sonore très particulière. »
Son dernier travail en date est un clip pour John Cale, « un type vraiment sympa » avec lequel il s'est senti tout de suite à l'aise. « Sa manageuse de vingt-cinq ans m'a fait savoir qu'elle ne l'avait encore jamais vu aussi confiant et enthousiaste avec un réalisateur de clips. Il semblerait donc que j'ai fait du bon boulot ! »
John Cale – Face To The Sky réalisé par Konx-om-Pax
Moins immédiate et facile d'accès, sa musique renoue quant à elle avec la veine expérimentale qui animait les pionniers de la musique concrète et du krautrock, mais avec ce flegme de branleur, cet humour sarcastique et cette absence de prétention propre aux lads de l'Angleterre du Nord.
« J'ai grandi à Paisley, un bled près de Glasgow avec une mentalité typiquement provinciale, étroite d'esprit et intolérante. J'ai subi pas mal de brimades pendant mon adolescence, vu que je n'écoutais pas la même musique et que je ne partageais pas les mêmes hobbies que la plupart des jeunes de mon âge. D'un autre côté, cela a eu un effet positif. Je me suis endurci et cela m'a obligé à garder la tête dans le guidon et à me démerder tout seul. Si j'avais grandi avec des gens avec les mêmes affinités que moi, ça se serait sans doute passé différemment. »
La musique électronique, il la découvre d'abord à travers la rave et la pop : il est d'abord branché sur Underworld, Prodigy et la transe (personne n'est parfait), avant de bifurquer vers la techno de Detroit et la braindance british des années 1990 (Aphex Twin, Boards of Canada, Autechre…). C'est sur ces bases qu'il commence à bidouiller des ébauches de morceaux sur une version préhistorique de Logic Audio piquée dans son lycée. De la musique de chambre, au sens propre en quelque sorte, qui lui ouvre les portes, quelques années plus tard, du label Planet Mu pour lequel il a enregistré l'album Regional Surrealism, sorti en juillet 2012.
« Un ami m'a décrit Regional Surrealism comme un disque de kraut. Je suis effectivement un grand fan de Cluster et de Popol Vuh, mais aussi d'Arthur Russell. Je me sens proche d'eux dans la mesure où ces artistes ont créé leur propre monde imaginaire dans lequel ils se sentaient chez eux, c'est ce que j'essaie de faire avec une technologie qui est à ma portée. Pas besoin de matos sophistiqué ou de compétence particulière, il suffit juste d'avoir de bonnes idées et de fournir un minimum d'effort. » Un grand modeste, on vous dit.
Konx-om-Pax Konx-om-Pax – Regional Surrealism Trailer
TOM SCHOLEFIELD
Année de naissance : 1984 (Paisley, Écosse)
Profession : graphiste / réalisateur 3D / musicien
Alias : Konx-om-Pax
Label : Display Copy / Planet Mu
Actualité : l'album « Regional Surrealism » (Planet Mu)
Dans les tuyaux : projet de court-métrage pour Channel 4 – Random Acts
Site web : displaycopy.net
Influences : voir Documents et Liens (ci-dessous)
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