The Melvins
« Freak Puke »

Opérant en quatuor depuis 2006 – le batteur Coddy Willis et le bassiste Jared Warren, du groupe Big Business, ayant rejoint cette année-là King Buzzo Osborne (chant, guitares) et Dale Crover (batterie) – The Melvins, groupe séminal de la grande nébuleuse (post-)hard-rock, font paraître en ce mois de juin 2012 un nouvel album intitulé Freak Puke. Ils renouent pour l’occasion avec le format du trio, celui qui correspond à l’âge d’or du groupe de Seattle (grosso modo la période 1983-1993). Bassiste repéré aux côtés de Mike Patton dans Mr Bungle, de John Zorn dans Naked City/Electric Masada, dans Secret Chiefs ou encore dans Fantomas (le projet d’un certain King Buzzo), Trevor Dunn rejoint ainsi l’inusable binôme Osborne/Crover.
Freak Puke s’inscrit à l’évidence dans le créneau musical des Melvins des années 2000, à savoir celui d’un heavy rock évolutif, préférant les morceaux mid-tempo aux pièces ultralourdes qui ont fait la gloire du groupe à ses débuts. Ceci dit, Freak Pure réserve de nombreuses surprises aux initiés, à commencer par la doublette Inner Ear Rupture / Baby Won’t You Hear Me Out, dont les maillages de cordes frétillantes évoquent la rudesse instrumentale du Kronos Quartet dans de répétitifs schémas minimalistes que ne renieraient pas Steve Reich, Philip Glass et consorts. La corrosivité du propos musical s’en trouve renforcé, même si les riffs qui en ressortent évoquent davantage Rage Against The Machine que Black Flag.
Particulièrement palpable sur Worm Farm Waltz ou sur le franchement glauque Holy Barbarians, la lourdeur majestueuse du violoncelle affirme une approche musicale résolument transversale et contribue à instaurer un climat pesant mais distancié. Forts de 27 albums (environ) au compteur, les Melvins montrent par ailleurs qu’ils savent encore très bien manier les guitares. Si la tonalité générale est plutôt groovy (Leon vs The Revolution), quelques flèches se font plus perçantes (le pulsatif Freak Puke), en dépit d’une orientation parfois un peu trop rock’n’roll (notamment sur la ballade Let Me Roll It). L’ambivalence de l’album se manifeste pleinement sur le dernier morceau, Tommy Goes Beserk, qui semble en synthétiser toutes les orientations – électriques et instrumentales, expérimentales et atmosphériques – en près de dix minutes, aussi fugueuses que fougueuses.
Laurent Catala
En collaboration avec mouvement.net
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- The Melvins: http://themelvins.net/
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