Survivre, s'adapter, s'enterrer
Manuel d'architecture survivaliste
Le triomphe du principe de précaution sur la société
Design intérieur et décroissance
L'association des notions de décroissance et de survivalisme peut paraitre surprenante à quelques égards, mais pourtant, ceux qu'on qualifie d'objecteurs de croissance poursuivent une fin pas si éloignée de celle des survivalistes. Les premiers comme les seconds cherchent à atteindre un stade d'autonomie maximale vis-à-vis de ce fourre-tout qu'on appelle le système. Ce sacerdoce similaire revient fatalement à désirer une indépendance maximale en matière d'énergie, d'eau et de production de nourriture.
Ce pieux vœu suppose fatalement de recourir à des constructions qui soient les plus autonomes possibles, particulièrement en matière d'auto-suffisance énergétique. L'idée est donc de construire des bâtiments qui consomment peu, s'autoalimentent si possible à l'aide de panneaux photovoltaïques ou d'éoliennes. En cas de situation post-apocalyptique un peu tendue – imaginez que l'énergie devienne un truc très rare, mais que, en bon malin, grâce à vos précautions, vous vous en sortiez pas mal – mieux vaudra avoir opté pour la première option. Histoire d'éviter d'attirer les regards. Disons qu’une éolienne, ça a tendance à se voir.
Côté cuisine, pouvoir manger des légumes cuits à la vapeur sans avoir à s'éclairer à la bougie pourrait devenir un véritable luxe dans l’hypothèse où la planète serait flinguée pour une raison ou une autre. Mais encore faut-il avoir de l'eau et des légumes. Pour ce qui est du précieux liquide, l'idéal est évidemment de s'équiper d'une cuve de récupération d'eau de pluie, une technologie assez simple, peu coûteuse et de plus en plus en vogue en ces temps de crise économique. Attention toutefois, si le système basique convient pour arroser ses plantes, remplir la cuvette des WC et d'autres réjouissances similaires, cette eau-là n'est pas potable à la consommation. Il s'agira donc de penser à également investir dans un purificateur. Et pour ce qui est des petits légumes, il fallait bien que toute cette hype autour des toits cultivés – de Brooklyn au Caire – finisse par servir à quelque chose. Il ne sera donc pas vain de se munir de quelques pots bon marché, de sacs de terreau et de paquets de graines en tout genre.
Et puis quitte à pousser la logique jusqu'au bout, les plus jusqu’au-boutistes privilégieront des matériels de construction nécessitant assez peu d'entretien, si possible avec une base la plus épurée qu’il soit en matière de composés organiques volatils. Ce serait un peu dommage de s’être pris la tête à mettre ce petit bijou d’architecture en place pour contracter un cancer foudroyant à force de rester enfermé à respirer de la mort en vapeur, juste en squattant dans votre salon. Mais avec un tel niveau de préoccupations, il ne serait alors pas impossible qu'on ait en réalité affaire à des individus qui soient plus que de simples partisans de la décroissance, en l’occurrence des adeptes du Do It Yourself, l’une des autres grandes tendances en matière d'architecture survivaliste.
Do 'ton container de jardin' yourself
Lorsqu'on aborde le thème du survivalisme, les Américains sont unanimement considérés comme les plus en pointe – ou les plus extrémistes, c'est au choix. Compte tenu aussi du climat parfois très violent, à cause des tempêtes et des ouragans, la culture du refuge fait maison existe depuis bien longtemps du côté des terres de l'Oncle Sam. On trouve ainsi pléthore de tutoriels en ligne distillant bons conseils et tuyaux en tout genre pour construire un refuge anti-tempête dans sa cave ou transformer un bus d'écolier moisi en fort Vauban. Persuadés qu'un pays comme les États-Unis finira par essuyer une attaque terroriste ou une guerre, le Do It Yourself architectural s'est imposé comme une perspective extrêmement attrayante chez nombre de survivalistes du cru.
L'architecture au service d'un business anxiogène
Mais, dans le fond, qu'importe. La nature, bien qu'il soit persuadé que le danger numéro un soit « l'anarchie » – comme sur son site, en gras souligné – c'est avant tout le sentiment de peur qui assure la bonne marche du business anxiophile de Vicino. Et rien n'est trop bon pour vendre du mètre carré bunkerisé. En bon agent immobilier qui ne recule devant rien, l'énergumène va même jusqu'à titiller la corde populo-complotiste, assurant à qui veut l'entendre que les gouvernements des nations occidentales se protègent en construisant des refuges avec les impôts du pauvre petit peuple pour lequel ils n'ont évidemment rien prévu.
Tandis que certains font mine de décrypter les ressorts de son business, sa compagnie Vivos aurait déjà reçu bien plus de candidatures que le nombre de places disponibles. Non content de blinder son assurance-vie à coup de 50 000 dollars la place, Bobby a en plus tout le loisir de jouer à Dieu et de choisir qui aura le droit de survivre, et qui périra dans l'anarchie. À ce propos, notre homme aime tellement les rapports de force bibliques qu'il a décidé de créer une banque d'ADN et de cellules reproductrices de tous les animaux de la planète afin « de préserver la biodiversité de la planète d'une possible extinction de la vie et d'assurer la plus grande chance possible d'une restauration future de la Terre ». Gratuitement qui plus est ! C'est vraiment trop sympa.
En fait, on pourrait probablement inventer « le point Noé » sur la base de son équivalent, le Godwin. Il aurait une définition qui ressemblerait à un truc du genre : « Plus une discussion en ligne mêlant les notions de survivalisme et d'architecture dure longtemps, plus la probabilité d'y trouver une comparaison impliquant l'arche de Noé s'approche de 1 ». Sur ce coup-là, ce n'est pas Bobby qui me contredira.
Illustration principale : « Disco Fallout Shelter » (2009) par Instant Coffee [daily dose of imagery]
En lien direct
Dans la série
Rebonds
|
Atelier
Samedi 25 Mai 2013 - Dimanche 26 Mai 2013
|
Article
Mardi 21 Mai 2013
|
|
Article
Mardi 21 Mai 2013
|
Article
Lundi 20 Mai 2013
|












