Sélection Homemade #3 : « Bulles, Modèles et Modules temporels »
Qu’est-ce que l’hypnose ? par François Roustang

Qu’est ce que l’hypnose ?
François Roustang – 2002
fr – 192 p.
ISBN : 2707318140
« L’hypnose se révélerait comme une introduction au pouvoir d’imaginer, c’est-à-dire de transformer la réalité qui s’impose, parce qu’il est semblable au pouvoir de rêver qui commande les comportements de notre espèce et au pouvoir de configurer le monde (...). »
À travers le grand thème 2062, la Gaîté lyrique propose d'expérimenter le temps de long en large et en travers : en se projetant dans le futur et en l’éprouvant de façon inédite - en s’enfermant dans le sous-marin ou en se laissant tenter par les ateliers d’hypnose par exemple.
Effectivement, être sous hypnose c’est faire une expérience inédite du temps. Lors des séances, les minutes peuvent paraître des heures et les heures des minutes ; la temporalité change de consistance à mesure que l’état de conscience est modifié par le processus.
La conscience se trouve certes modifiée et altérée mais pas diminuée et amoindrie. Bien au contraire, comme l’explique François Roustang qui tente de dissiper les croyances populaires qui la considère comme un outil de contrôle occulte. Avec cet ouvrage dont le titre pose question, il souhaite décoller les étiquettes toutes-faites toutes-fausses qui trompent quant à la réalité de la pratique.
L’hypnose est un état de veille intense mais non pas d’arrêt : le veilleur est éveillé et vigilant. Il n’est point passif ni soumis à la volonté de celui qui l’aide à pénétrer dans cet état mais est assujetti à d’autres règles de perception, tributaire d’autres configurations du monde.
Ainsi l’hypnose ne serait pas un asservissement au bon vouloir d’un individu mais plutôt un potentiel individuel d’activation et de transformation de l’univers entièrement investi.
In Detail : Small Structures
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In Detail : Small Structures
Christian Schittich – 2010
Eng – 176 p.
ISBN : 978-0346-0283-9
Côte : 03.02 SMA
« Because of its unusual and sometines spectacular appearence, microarchitecture is sometimes misunderstood as superficial gimmick or fashion when in fact it has its own inherebt rules of behaviour, much like a bonsai tree. »
En se projetant dans le temps, on se demande aussi quels seront les repères qui jaloneront l’autre grand axe : l’espace. Après s’être penché sur les diverses manières d’interagir sur le bâti en rénovant ou en créant/re-créant d’après structures dans son livre En détail : Construire dans l’existant, Christian Schittich poursuit la collection en consacrant un ouvrage aux constructions de petites dimensions. Cet ouvrage fait place belle à la micro-architecture. Pages après pages, la diversité des propositions retenues témoigne du potentiel d’exploration et d’expérimentation, d’innovation et d’inventivité qu’elle concède à travers les contraintes qu’elle impose.
La micro-architecture n’est pas, comme on pourrait le croire, un domaine réservé aux étudiants et aux jeunes professionnels qui s’y livreraient, faute de mieux, pour échafauder leurs premiers projets et leurs prototypes. Aux petits espaces les grands projets : des architectes confirmés et reconnus s’y essaient pour envisager des solutions d’envergure qui tiennent dans peu de mètres cubes, pour proposer des réponses concrètes à des besoins immédiats ou imaginés.
Temporaires ou permanentes, autonomes ou dépendantes, mobiles ou sédentaires, de confort ou d’urgence, les structures de petites tailles invitent à examiner comment nous aménageons et investissons l’espace. En jouant avec les matières et les environnements, les sites et les situations, les cloisonnements et les porosités, ces petits espaces démontent un certain nombre de points de vues fixes et figés que nous avons sur l’architecture.
Voilà donc une cabane-coquille perchée en haut des arbres, une chapelle de 10 mètres-carrés, un kiosque à journaux, des abris urbains pour le quotidien, des refuges en cas de catastrophe naturelle, des modules au luxe ostentatoire et des bulles pour la contemplation. Inspirées par la nature, aspirant à la technologie ou vice-versa ; les micro-architectures érigent l’espace au rang de richesse et de ressource naturelle qu’il faut savoir ménager avec efficience et aménager à bon escient.
Les Portes Du Possible, par Peeters & Schuiten
Les Portes Du Possible
Benoît Peeters & François Schuiten – 2005
FR – 40 p.
ISBN : 2203343222
Côte : 12.01 PEE
« Ces lieux sont nos temples, nos pyramides, nos cathédrales. Ces gestes sont notre mémoire, ces outils nos véritables oeuvres d’art.»
Le dessinateur François Schuiten et le scénariste Benoît Peeters ont entamé, il y a de ça une vingtaine d’années, une collaboration fructueuse, remplie de projets et couronnée de succès. À deux, ils ont conçu l’univers entier, que l’on découvre dans une collection de bandes dessinées intitulée « Les Cités Obscures » et qui se déploie dans des hors-séries et des autres-formats.
Les Cités Obscures cartographie un monde parallèle au nôtre, voire même pour être exact, diamétralement opposé. En effet, le soleil situé en plein centre de l’axe qui relie les deux Terres, les dissimule l’une de l’autre mais il arrive que par aventure quelques voyageurs s'égarent et atterrissent dans la planète miroir. Jules Verne compte parmi ceux qui sont allés de l’autre côté du soleil et ses apparitions récurrentes ne dénotent pas dans les esthétiques fin-XIXème-début-XXème-siècles qui architecturent ce monde en reflets.
Les cités se distinguent nettement les unes des autres car elles fonctionnent comme des univers clos ou en interactions faibles mais elles ont le mystère comme caractéristique commune. La bande dessinée hors-série Les souvenirs de l'éternel présent - disponible au Centre de Ressources (côte : 12.01 SCH) - en fournit un exemple. En suivant le quotidien routinier d’Aimé - un enfant étrangement rasé ou chauve - on découvre la vie terriblement monotone de Taxandria. Taxandria est une ville figée dans un illusoire et douloureux présent, il s’y passe peu de choses depuis un terrible évènement. Lequel ? Personne ne sait car il est interdit de parler du passé. L’avenir ressemble au jour en cours et à celui qui l’a précédé et Présent, le journal de la cité, peine à remplir ses pages à cause du peu d’actualités.
Les Portes du Possible est lui entièrement composé comme un journal ou plutôt un recueil d’articles - comme autant de portes - glanés entre 2011 et 2046. Les nouvelles rapportées sont autant d’indices épars qui dressent le panorama des visions de notre futur : un planisphère à la fin ne laisse pas de doute quant à la Terre que l’on rêve. Les mutations sociologiques et démographiques, les changements culturels et conceptuels ainsi que les innovations technologiques et les apparitions d’espèces naturelles donnent à voir un monde parc-à-thèmes, parc-à-tout, un lieu de toutes les distractions et de toutes les disruptions dont l’exploration rappelle celle que l’on fait à la lecture de Park de Bruce Bégout. Telle une fiction de prospection, Les Portes du Possibles nous fait voyager dans le temps et dans l’imagination, pour nous inviter à rebours ou à débours à réfléchir sur ce qui fait notre contemporanéité et ce qui contient en puissance notre futur.
Dans Les Portes du Possible, les villes-marques mettent en place des dispositifs de pétrification pour conserver les habitats depuis longtemps abandonnés à cause de l’exode et n’hésitent pas à inonder des quartiers entiers pour attirer les touristes. L’architecture prend de la hauteur et les inégalités augmentent entre ceux qui marchent à l’ombre et ceux qui logent dans des demeures aux toitures volantes et ont une place réservée au cimetière. Les métropoles polluées voient naître ex-nihilo des espèces animales et des ponts suspendus poussent dans les zones rurales. Les révoltes politiques et poétiques prennent des formes surprenantes ; certains sont nostalgiques d’un passé élusif et pour tous la quête du sens demeure la persistance.
Où est passée ma combinaison spatiale ?, par Daniel Wilson
Où est passée ma combinaison spatiale ?
Petit guide de voyage dans ce futur incroyable que nous promettait la science-fiction
Charlie Adlard, Tony Moore et Robert Kirkman
Daniel Wilson – 2008
Fr – 192 p.
ISBN : 2100516566
- « Le temps de demander des comptes à l’âge d’or de la science-fiction et à ses promesses fantastiques. »
A contrario des scénarios d’anticipation qui tentent de pré-dire les modes de vie à venir et d’imaginer formes et fonctions des objets qui les rendront possibles, Où est passée ma combinaison spatiale ? regarde en arrière pour dresser l’inventaire des technologies apparues dans les récits de science-fiction et faire le bilan de leurs promesses.
Les inventoriant dans des chapitres thématiques, le petit ouvrage nous rappelle et nous raconte d’antiques visions-du-futur. Ces histoires, et parfois même ces actualités, nous apprennent toujours et nous surprennent souvent. Car si certains projects-projections dans le domaine des transports, des loisirs, de l’habitat, de la conquête spatiale ou des capacités humaines sont complètement tombés en désuétude, d’autres ont ouvert la voie à des recherches scientifiques dont certaines sont toujours en cours. Certaines sont tellement intégrées dans notre quotidien que nous ne pensons même pas qu’elles aient pu rendre rêveurs une ou plusieurs générations de lecteurs.
Par exemple, le pratique et prosaïque trottoir-roulant de la station de métro de Montparnasse-Bienvenüe fait partie de celles-là. En vous transportant à 5km/h sur ses 200 mètres de long, il concrétise le fait que Les routes doivent rouler comme l’a écrit Robert Heinlein en 1940 et est conçu pour potentiellement monter jusqu’a 30 km/h, donnant un espoir à tous les retardataires qui ne possèdent pas encore de machine à remonter dans le temps ou qui ne louent pas une bulle-à-sommeil atemporelle dans une autre dimension. Le chapitre transport n’oublie pas non plus le skateboard volant. Du texte à l’action, nous avons pu le tester pendant l'expérience 2062 !
Ubïq : A Mental Odyssey, par Briand & Foucard
Ubïq : A Mental Odyssey
Mathieu Briand & Daniel Foucard - 2008
Fr – p.112
ISBN : 2707318140
« Punk débraillé dans la nuit étoilée
Pirate d’électricité
Tu déverse ton énorme son
Dans des boucles étranges et hypnotiques »
La consonne soustraite et remplacée ne trompe personne. K. Dick est présent, presque vivant, encore vivace et toujours visionnaire. L’auteur de science-fiction a inventé dans ses livres-mondes des visions de la réalité scindées, fragmentées que nous composons tous ensemble tandis que nous rêvons.
D’ici ou là-bas, à ici-et-là-bas-à-la-fois, l’ubiquité s’est imposée comme mode de vie, passant du symptôme au standard. Le diagnostic, tombé : K. Dick était paranoïaque et schizophrène. Il inspire un livre bicéphale qui mélange les énonciations, les inspirations et les temporalités.
Sur un vaisseau fantôme, autour d’un Van Volkswagen et dans une station orbitale, des moments nous parviennent. Les bribes découpées se recoupent dans le temps de la narration. Les illustrations piochent dans l'enluminure médiévale, dans la bande dessinée de science-fiction et dans l’esquisse au crayon. Tout est collage et passage : les univers sont plus poreux que l’on croit ; les identités toujours à remettre en question. Pourquoi ne seriez-vous pas un pirate du XVIIème siècle en quête de terres plus prometteuses que promises, ou un teuffeur croqueur de gélules, ou encore un astronaute ? Et pourquoi pas, vous qui êtes ici-et-là-bas-à-la-fois.
Photos : La Gaîté Lyrique / Clément Bec-Karkamaz
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