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Mode : l’évolution sans révolution

Peut-on encore se démarquer ?

Mercredi 1 février 2012 par Alexandra Jubé Tags: mode
Mon papa est un hipster
Si l'exposition « 2062 » nous amène à nous interroger sur ce qu’il restera de notre époque, il est impensable de ne pas considérer la mode, marqueur temporel s’il en est. Cet élément immanquable nous permettra toujours de distinguer à quelle époque a été prise une photographie...Toujours ? Peut-être pas.
Lana del Rey en chemise Equipment...
comme nos mères dans les années 90.

NÉO VISÉ, RÉTRO VISEUR 

Dans les années 90, Ted Polhemus avait dressé dans son ouvrage StreetStyle un panorama des « tribus » de la mode depuis les années 40. Il finissait en voyant dans la fin du siècle l’avènement d’un supermarché des styles où chacun piocherait des accessoires porteurs de sens dans les panoplies de ces tribus. Une re-création savamment construite autour de la juxtaposition, qui témoignait à la fois d’une parfaite maîtrise des codes et d’un sens aigu du détournement.

Le temps béni de l’ironie.

Cette tendance à regarder dans le rétroviseur domine encore aujourd’hui. Chaque « Semaine de la Mode » impose des réinterprétations infinies des époques et styles précédents. Mais, lorsque l’on parvient, dans la même saison, à emprunter inlassablement aux années 70 puis 80 puis 90, on finit vite par tourner en rond et à perdre le sens.

Et tous les « néo » n’y changeront rien.

Vogue Paris 1968 vs Balmain FW 2011/2012
vu et à voir sur Into The Fashion 

Épingler les copier-coller

Alors même que nous nous trouvons dans une époque où la culture de la nouveauté est omniprésente, où une information diffusée deux heures après son annonce est déjà considérée comme #old, où la Génération Y est faite de slashers qui changent de travail entre le matin et le soir ; leurs jeans, eux, ne changent pas.

Et ce depuis plusieurs saisons.

D’ailleurs, c’est le même que celui de leurs parents, que celui d’une it-girl, d’une new-yorkaise ou d’une brésilienne. Une offre globalisée qui a poussé à une société de l’imitation où tout se ressemble, sans distinction sociale, générationnelle ou géographique. Mais si l’imitation est un des ressorts clés de la construction des modes, il n’est pas le seul. 


Sur son blog Paris VS New York,
Vahram Muratyan fait se rencontrer
les clichés parisiens et new-yorkais.

 

Pas de mode sans distinction

Ce n’est pas moi qui le théorise mais Georg Simmel, un philosophe allemand plus 1862 que 2062. Les modes évoluent parce que l’on cherche à se distinguer, notamment des autres générations ou classes sociales. Or, la Génération Y est justement celle qui ne s’est pas construite dans l’opposition mais plutôt dans le respect des précédentes.

Les hipsters, sa frange branchée, pousse même le curseur en les intronisant « icônes du style » dans une série de blogs aux noms évocateurs tels que Dads Are The Original Hipster ou My Parents Were Awesome.

Pas d’opposition générationnelle, ni sociale si l’on considère que l’une des principales sources de consommation de cette même catégorie est... dans la culture populaire.
Qui serait prêt à affirmer avec certitude que cette photo
provenant de Dad is The Orginal Hipster
n’a pas été prise en 2012
grâce à l’application Instagram ?

L’évolution sans révolution

Le comble de l’ironie pour ceux qui sont censés être les influenceurs de nouvelles tendances et devraient donc être générateurs de distinction. Une mode qui tourne principalement à l’imitation même s’il demeure toujours quelques nuances. Dans un climat économique qui pousse plutôt les marques à l’absence de prise de risque, c'est l’évolution sans révolution.
 
Combien de temps avant la lassitude ? Afin que nous n’en soyons pas au même point en 2062, il est possible de faire de 2012 le moment charnière, le vrai début de la mode de ce siècle, grâce à une nouvelle création capable de répondre aux contraintes économiques – tout en imposant une véritable nouvelle vision des choses.

Un joli défi.

En attendant le renouveau, on pourra toujours regarder Footloose, Dirty Dancing ou Point Break version 2012, dans un canapé années 50.
 
 
Par Alexandra Jubé, de NellyRodi
Découvrez le blog NellyRodi sur www.nellyrodilab.com
 

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