Chargement

 


Article

Macho Taildrop : et le skate au cinéma sortit du ridicule

Mardi 21 juin 2011 par Seb Carayol Tags: film, skateboard, cultures urbaines
Photographie sur le tournage de Macho Taildrop - Fred Mortagne
Constamment récupérée par l'univers commercial, la culture skate n'a pas donné que des bons films... Heureusement, Macho Taildrop est arrivé, juste équilibre entre hommage, réalisme et satire. Discussion sur la filmographie de skate avec Fred Mortagne, acteur et photographe sur le tournage.
Bandes-annoces de Skate Gang (1986) et de Grind (2003)
 

Un soupir désabusé. Un haussement d'épaules dans le meilleur des cas. C'est la réaction typique de tout skateur chevronné à l'annonce de la sortie sur grand écran d'un nouveau film autour de son activité favorite. Jamais content, le skateur chevronné ? Certes, sauf que pour le coup, il a généralement toutes les bonnes raisons du monde de bouillonner. Car étrangement, pour peu qu'il soit saisi par un scénariste, le skateboard y est le plus souvent accommodé à toutes les sauces -rances- imaginables, et les navets-banderilles finissent par peser…

Trailer de Macho Taildrop
 

Et puis en 2009, Macho Taildrop a débarqué pour faire mentir le cliché. Un Ovni sur pellicule, mêlant surréalisme, loufoquerie, univers absurdement déjanté et vrais skateurs pros en guise d'acteurs. Au final, l'anti film de 'skate exploitation'. Réalisé par Corey Adams et Alex Craig, deux skaters ayant gagné une bourse de 1 million de dollars offerte par la chaine de sports extrêmes Fuel TV pour le produire, il est projeté ce soir dans le cadre de Public Domaine à la Gaîté lyrique (20h).

Image de Macho Taildrop (crédit : F. Mortagne)
 

A cette occasion, le photographe et vidéaste lyonnais Fred Mortagne, qui a tenu dans Macho Taildrop un petit rôle tout en en saisissant les coulisses, explique comment, pour la première fois peut-être, un opus scénarisé a réussi à trouver l'impensable équilibre : parler de skateboard à un public néophyte sans se griller auprès des pratiquants.

Comment t'es-tu retrouvé à jouer ce rôle de Français de l'étape dans Macho Taildrop ? 
Fred Mortagne : Je traînais à Vancouver en 2006 avec le skater pro Rick McCrank pour faire des photos, faire du camping, sans but précis. J'y ai rencontré Corey Adams à la suite d'un pique-nique improvisé dans la rue, après un concert de Devo. Quelques verres plus tard, je me suis mis à parler anglais en forçant vraiment mon accent français, pour rigoler. Ça lui a plu et il m'a proposé le rôle d'un réalisateur franchouillard dans son film.
 
Avais-tu une appréhension à apparaître dans un film scénarisé, vu le traitement que reçoit généralement le skate au cinéma? 
FM : Je connaissaiss le travail de Corey via son film précédent, Harvey Spannos, et aussi celui d'Alex Craig, un Ecossais qui a fait de super vidéos sur la scène skate d'Aberdeen.. Tous les deux sont skateurs, je leur faisais du coup entièrement confiance. S'ils étaient venus d'un autre milieu ça aurait été différent et je ne suis même pas sûr que j'aurais voulu le faire. La plupart des long-métrages ne sont pas faits par des pratiquants et ont toujours un côté ringard, à côté de la plaque. 
Bade-annonce de Steet Dreams
 
Pourquoi ce phénomène, systématiquement ? 
FM : Dès que tu arrives dans un milieu super spécifique et codé, si tu débarques et que tu n'es pas dans truc depuis très longtemps, ça ne marche pas. C'est comme si nous, on faisait un film sur le handball ou la pétanque : on n'aurait pas toutes les cartes en main. Il y a tout un truc que tu ne captes pas, et tu vas en être réduit à te baser sur des clichés. Je ne les ai même pas vus ces films, mais dans Skate or Die, ils te montrent des mecs qui sautent par-dessus une voiture, c'est toujours la surenchère, ce n'est pas du tout réaliste.
 
Si c'est fait par un skateur, c'est forcément crédible, donc ? 

FM : Pas nécessairement. Regarde le skateur pro Rob Dyrdek : quand il a produit le film Street Dreams, il annonçait partout que ça allait être par les skateurs pour les skateurs, et pour que le grand public comprenne le milieu, mais rien que quand tu vois le trailer, tu comprends vite que ça ca ne sert à rien de le voir…

 
Images de Macho Taildrop (crédit : F. Mortagne)
 
Qu'est-ce que Macho Taildrop avait que les autres n'avaient pas? 
FM : J'aime qu'il se permette ce regard un peu critique sur le milieu. Notamment comment il aborde les manwolfs, ces skateurs sauvages qui ne skatent que pour le fun et dont l'image est récupérée par la multinationale du skate Macho Taildrop dans le film pour faire du business.. 
L'autre clé, l'idée de génie, c'est d'avoir transporté tout ça dans un univers baroque qui n'existe pas, qui relève de la fable. 
 
Jusqu'à ce film, on avait l'impression que la seule approche non-ringarde du skate était possible via le documentaire, et encore… 
FM : Et encore, oui, il y a eu beaucoup de documentaires qui n'étaient pas top, même si de bonnes choses commencent à sortir, notamment Skateboard Stories qui vient de passer sur Arte .
 
Beaucoup de documentaires sombrent dans la facilité du ressort dramatique : Christian Hosoi et la prison qui devient fou de dieu, Gator qui tue une fille ; dans un même temps, quelque chose de béton comme Deathbowl to Downtown, sur l'appropriation de la rue par les skateurs new-yorkais, passe presque inaperçu…
 
FM : Récemment, on a eu des choses par des non-skateurs qui restent bien faites, ceci dit. Je pense notamment a la dernière pub Converse. Derrière toutes ces initiatives, cela dépend du degré d'implication du ou des skateurs concernés. Moi par exemple, j'avais bossé sur une pub Vans réalisée par Anton Corbijn, un très grand réal et photographe qui a shoote U2 ou Depeche Mode. Sur ce tournage, ils m'avaient embauché pour simplement m'assurer que le skate serait montré de façon réaliste. Il faut garder un contrôle, sinon ça peut être vite ridicule. 
 
En quoi est-il important de montrer des choses réalistes ? Par exemple Olive et Tom, on sait bien que ce n'est pas du vrai football…
FM : C'est pénible quand ça devient de la caricature juste pour s'adresser au grand public, il faut des explosions, des conneries. Et le grand public tu ne l'impressionnes pas avec un 360 flip même si c'est super difficile a réaliser. Le skate, c'est trop spécifique. La différence avec le foot, c'est que les gens en voient tous les jours et ont un baromètre pour réaliser ce qui est possible de ce qui ne l'est pas. 

En lien direct

Projection
soirée vidéo : Machotaildrop
Mardi 21 juin 2011
Une comédie satirique et loufoque sur le skate, par des skateurs. Lire la suite
Terminé

Rebonds

Projection
Mercredi 17 Juillet 2013
Rencontre
Dimanche 7 Juillet 2013 - Dimanche 25 Août 2013
Exposition
Vendredi 21 Juin 2013 - Dimanche 25 Août 2013
Exposition
Vendredi 21 Juin 2013