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Les robots de l'US ARMY

Faire la guerre avec des machines ou en devenir une

Jeudi 22 mars 2012 par Loïc H Rechi Tags: robot
Le 'mech' d'Avatar, prêt pour l'action
ILS Y CROIENT. Pour pouvoir guerroyer sans mettre en péril la vie de ses soldats, l'armée américaine développe des robots en tous genres. De l'hélicoptère portant des charges sur le terrain aux prothèses qui équipent ceux qui en reviennent mutilés, la machine de guerre invente la guerre des machines.


 

L'information en continu et les balles perdues

Pour la plupart des jeunes occidentaux, la guerre reste généralement un concept d'une abstraction absolue. Et pourtant, elle est omniprésente au quotidien, dans les livres d'Histoire, les documentaires, les jeux vidéo et à l’occasion à travers ces images génériques en noir et vert de bombardements aériens, souvent tournées à l'arrache et de nuit par les « tireurs » concernés.

Pourtant, les guerres portent en elles le germe de ce sentiment impérieux qui s'empare des opinions publiques, donc des peuples, et les amène à dire stop, à demander à ce que les combats ne cessent. Au-delà de toute logique, on a parfois tendance à oublier – je parle de nous les sales rejetons drogués à cette mauvaise came qu'on appelle « l'information en continu » – que le problème avec les guerres, c'est qu'elles finissent toujours par coûter des vies. Balles perdues, obus, mortiers, grenades. Toutes les lettres qui composent ces mots que je viens d'égrener sont probablement statistiquement autant de corps tombés inertes, au prix d'idéologies belliqueuses, exactement dans la seconde où vous les lisiez.

Face à ce constat terrible – oui ma bonne dame, oui mon petit monsieur, la guerre tue des hommes – les têtes pensantes de l’armée américaine, cette entité vouée à servir une guerre perpétuelle, anticipent sans cesse une situation où la guerre perdurerait ad vitam æternam, sans que les soldats ne s’éteignent sous le coup des balles de l'ennemi. Et la solution est toute trouvée : envoyer des robots sur les champs de bataille. Ça tombe bien, le champ des possibles est infini.

 

Le K-Max, petit mais costaud...

Option 1 : Transporter du matos sans prendre de risque

En envoyant des soldats se balader sur des terrains hostiles comme peuvent l'être les zones tribales de l'Afghanistan, les « alliés » s'exposent à deux types de menace : l'embuscade d'une part, et l'explosif en tout genre, caché et susceptible de péter à tout moment à la face de qui s'en approche trop près.

Pour pallier à ce double risque, l'US Army incite très sérieusement ses fournisseurs à plancher sur des solutions qui limiteraient au maximum les pertes humaines. C'est de ce constat qu'est né K-Max, un robot hélicoptère contrôlé à distance qui peut soulever pas loin de trois tonnes. Développée en deux exemplaires et testée depuis décembre dernier, la machine a pour vocation d'aider les marines dans certaines de leurs opérations quotidiennes, en particulier pour déplacer du matériel sans mettre la vie de pilotes en danger.

Conçu par Lockheed Martin Corp. – mastodonte américain dans le domaine de la défense et de la sécurité – en partenariat avec Kaman Aerospace, K-Max a assuré en 2010, au moment de la commande un joli paquet de 47 millions de dollars aux deux entreprises. Et Lockheed, en bon monstre guerrier insatiable, a même remporté un second contrat, toujours pour le même joujou, de 47 millions de dollars en octobre 2011. Pas de pilote à bord, juste de grosses valises pleines de billets.

 

Le PackBot, un robot éclaireur

Option 2 : Éviter de tomber sur un os...

Avoir deux gros hélicos pour frimer et éviter de perdre des pilotes, c'est bien beau. Mais il faut aussi penser aux troupes au sol, celles qui sont exposées aux explosifs, bombes artisanales et autres mines suffisamment puissantes pour arracher un bras, une jambe, ou la vie. Face à cette insidieuse menace, l'armée américaine a donc investi dans un autre type de machines, télécommandées aussi, mais de taille bien plus raisonnable et terrestre cette fois.

La société iRobot a ainsi fourni deux-mille-cinq-cent PackBot 510, des petites machines équipées de chenilles qui sont envoyées en éclaireur pour arpenter les sols que l'armée s'apprête à fouler. À l'aide de caméras et de capteurs, lesdits robots – qui fonctionnent au diesel, y a pas de petites économies en temps de crise – ont une efficacité redoutable pour détecter des bombes. Et question utilisation – rien de très compliqué pour une armée connue pour être nourrie à la technologie – les soldats les contrôlent avec un engin qui s’apparente furieusement à une manette de X-Box. La guerre, ce jeu vidéo.

 

Alphadod, un chien robot moins kawaii qu'Aibo 

Option 3 : ... mais jamais sans mon chien.

Si vous l'avez vu un jour – et ce, malgré le millier de vidéos que vous vous infligez chaque année – vous vous rappelez forcément de cette vidéo circa 2008 un poil dérangeante d’un prototype d’animal mécanique pourvu de quatre pattes qui émettait un bruit particulièrement strident et se baladait dans une forêt boueuse ou sur un parking, avec des types qui lui foutaient des coups de latte. Une création de fous furieux poursuivant une quête de sens manifestement bien difficile à saisir, s’était-on dit à l’époque.

Eh bien ce truc s'appelait AlphaDog et depuis ladite vidéo, Boston Dynamic’s, l'entreprise conceptrice a fait un peu évoluer la bête, en réalité un robot autonome dédié à des fins militaires. Exactement comme pour le K-Max, l’essence de cet objet réside encore dans une volonté de mâcher le boulot des soldats américains. Le chien est ainsi transformé en une mule capable de transporter plusieurs kilos de matos sur son dos, même sur des terrains topologiquement pourris.

Alors évidemment, encore à ce jour, Alphadog n'est rien de plus qu'un chien un peu débile, tout juste bon à porter des trucs et suivre les indications directionnelles que lui indiquent ses maîtres. Mais l'ambition de Boston Dynamic's – ou plus exactement peut-être le cahier des charges de l'US Army – va plus loin. Pour Darpa, le bras armé du Pentagone sur les questions de recherche et développement, l'idée motrice est en réalité transformer ce qui ressemble pour l'instant à un chameau en un chien capable d'interagir avec les soldats, d'être entraîné exactement comme on fait traditionnellement avec un canidé. Alors on n’est pas encore au stade du « arrête-toi là », « debout » et « donne la papatte » mais c'est l'objectif annoncé. Subsiste la vraie question : les talibans dégaineront-ils le Canigou Partners pour amadouer la bête ?

 

Le colonel Quaritch dans son exosquelette

Option 4 : Le projet Avatar

Avec Avatar, cet ersatz tripé de Pocahontas, James Cameron avait tout de même mis en forme une idée intéressante : associer un humain à un second corps pour l'envoyer au front, sans prendre le risque qu'il ne se fasse dézinguer sur le terrain. Et visiblement, il faut croire que ça a plu du côté des têtes pensantes de l'état-major ricain. Darpa, l'agence de recherche susnommée, vient ainsi d'annoncer il y a quelques jours seulement qu'elle allait allouer une brindille de sept millions de dollars en 2013 – sur un budget total de 2,8 milliard – pour un programme qui ressemble beaucoup au concept sur lequel repose la superproduction américaine.

Ainsi, Darpa compte développer des interfaces et des algorithmes qui auront pour vocation de créer une doublette entre un soldat en chair et en os et une machine bipède semi-autonome qui deviendrait une sorte d'alter ego sur le champ de bataille. Selon les notes de Darpa révélées par Wired, « le robot devra être intelligent et habile ». Suivant  les ordres dictés par son humain associé, il sera en mesure « d'inspecter une pièce à sécuriser, de faire un tour de garde » et même  de « récupérer des blessés sur le terrain ». Rien n'a filtré par contre sur le risque de finir par préférer abandonner son enveloppe humaine, de prendre fait et cause pour l'ennemi afin rester un robot tout sa vie. Comme dans Avatar quoi.

 

Un petit schéma explicatif  

Option 5 : Et l’Homme dans tout ça ?

Pour finir, revenons-en un peu à l'humain. Parce que c'est bien beau dans le fond de vouloir utiliser des machines pour éviter de combattre, mais pour le moment, tous les jours ou presque, des soldats tombent au combat. Si certains en réchappent, d’autres y laissent parfois une jambe ou un bras. Pas vache, l'armée américaine pense aussi à ceux-ci. Depuis dix ans maintenant, elle travaille donc avec des médecins sur des prototypes de prothèse bionique.

En août 2005, Claudia Mitchell une jeune Marine américaine qui avait perdu un bras dans un accident de moto, s'était vue proposer par des chercheurs du Rehabilitation Institute of Chicago d’expérimenter une prothèse du bras révolutionnaire. Reliée à une série impressionnante de composant électroniques, la prothèse de Claudia lui permet aujourd’hui de bouger le bras et le poignet spontanément, mais aussi de recevoir des informations sensitives sur la pression, la température, l’angulation des doigts et des articulations de sa prothèse biomécanique.

L’ex-marine peut désormais écrire, boire un petit coup ou attraper des choses à l'aide de son index et son pouce. Comme Claudia Mitchell, depuis 2002, plus de cinquante vétérans américains ont ainsi reçu des prototypes chaque fois plus évolués, tous conçus par un petit génie : le docteur américain Todd Kuiken. Ce dernier a ainsi développé une technologie impressionnante, « la Réinervation du Muscle Cible », qui fonctionne en re-routant des signaux cérébraux en provenance de nerfs sectionnés vers des muscles encore intacts. Les muscles en question deviennent alors des amplificateurs biologiques et voilà comment des mecs qui ne pensaient plus jamais utiliser leur bras peuvent de nouveau boire des pintes, tripoter leur femme et faire leur lessive. Suffit juste d'accepter de devenir un cyborg en fait.

 

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