Chargement

 


Article (Exponaute)

Les Frères Chapuisat

Aventuriers de l'intérieur

Mardi 31 juillet 2012 par Magali Lesauvage Tags: installation, art, sculpture
« Métamorphose d'impact #2 », au LiFE - Saint-Nazaire, 2012 (photo : Marc Domage)
Présentée jusqu'au 2 septembre au LiFE de Saint-Nazaire, l'installation monumentale des Frères Chapuisat « Métamorphose d'impact #2 » donne l'occasion à Magali le Sauvage d'interroger l'aîné, Grégory, sur leur façon de ressentir les choses et de porter leurs projets.
Les Frères Chapuisat,
« Métamorphose d'impact #2 »
LiFE - Saint-Nazaire, 2012
(photo : Marc Domage)

Certains, adultes, aiment encore à se construire des cabanes, dormir à la belle étoile, se plier en quatre pour bâtir des architectures éphémères, des rêves debout. C'est le cas des frères Chapuisat, auteurs d'une somptueuse installation au LiFE de Saint-Nazaire. Entretien avec l'aîné, Grégory, qui nous parle de ses songes d'enfant et de ses joies d'adulte.

« C'est peut-être mégalo, mais avec le projet du LiFE, je me suis enfin fait peur. Il fallait être à la hauteur du lieu, mais aussi de la région entière. J'ai abordé ça avec une excitation nerveuse, on a fait ça à la dernière minute, en une semaine ». Paumé dans les montagnes du Valais, l'artiste suisse Grégory Chapuisat apparaît sur l'écran de notre ordinateur, mine réjouie, barbe et cheveux longs, pour une conversation à distance. Il vit là avec quelques autres, perché dans une « cabane anarchique » bâtie sur le toit d'un chalet promis à la destruction. On lui parle de la sensation rare d'émerveillement que l'on a ressentie à la découverte de son installation Métamorphose d'impact #2, au LiFE de Saint-Nazaire. Il nous répond « changement d'échelle », « boule d'énergie ». « Ça a été le chantier le plus dur de ma vie », concède-t-il.

L'ancienne base militaire, reconvertie en équipement culturel pluridisciplinaire, a la rigueur monumentale de l'architecture brutaliste qu'affectionnent les Chapuisat. Des tonnes de bois y ont été comme par magie suspendues au plafond, formant une gigantesque coque de bateau. Plongée dans la pénombre, la structure n'apparaît aux yeux du spectateur qu'au bout de quelques minutes de tâtonnement collectif. Encore un instant d'aveuglement, et à la base de ce vaisseau majestueux pointe une faible lueur, émanant d'une cavité ronde. Les visiteurs s'accroupissent autour du cercle de lumière jaune, et les uns après les autres passent la tête dans l'ouverture pour découvrir l'intérieur...


Les Frères Chapuisat,
« Métamorphose d'impact #2 »
LiFE - Saint-Nazaire, 2012
(photo : Marc Domage)

Mériter l'aventure

« L'aventure doit se mériter... Je voulais retrouver l'intimité. La pénombre isole des autres, il y a à la fois une expérience collective et un effet de surprise. Et puis c'est aussi une réflexion sur l'idée utopique de boule d'énergie, du trou créé par l'énergie après l'impact d'une météorite ». La science-fiction, une influence importante ? « C'est la première, rétorque Grégory Chapuisat. Les grands classiques, comme La Guerre des étoiles, mais aussi Flash Gordon, San Ku Kaï... On a beaucoup rêvé à tout ça, petits, avec mon frère ». Les installations des frères Chapuisat (Grégory, 40 ans, et Cyril, 36 ans) sont des espaces « extra-terrestres », hors-normes, qui viennent se surajouter au réel : « On crée des espaces qui permettent à l'esprit une immersion totale ».

Doit-on voir dans le fait qu'il faille, la plupart du temps, s'agenouiller pour pénétrer dans une installation des frères Chapuisat, une réminiscence de l'enfance ? « Dans l'action de se recroqueviller, il y a une forme de régression, c'est aussi une manière de casser le quotidien, en imposant un geste. On doit se frayer un chemin, c'est un parcours intime, une introspection. »


Les Frères Chapuisat,
« Métamorphose d'impact #2 »
LiFE - Saint-Nazaire, 2012
(photo : Marc Domage)

Tester l'inconscient

Comment définir le travail des Chapuisat ? Sont-ils sculpteurs, architectes, performeurs ? Grégory cite Mike Kelley en franglais : « You can call me what you want, tant que tu me laisses le faire ». Il ajoute : « On n'a pas une approche théorique, on vit dans le présent. Je vis là où je travaille, je suis nomade, ça m'offre une certaine liberté, une ouverture d'esprit. Je suis en "pseudo-résidence" un peu partout... ». À l'hiver 2010, les frères Chapuisat vécurent trois mois sous les combles du centre d'art de Neuchâtel, perchés sur un énorme plancher monté sur pilotis, sorte de canopée muséale. « On vit dans nos installations, mais on ne veut pas être visibles, on n'est pas des animaux dans un zoo. »

De là à faire l'apologie de la marge, il n'y a qu'un pas, que Grégory Chapuisat ne souhaite pas franchir. « J'ai testé la vie de squatteur, à Genève, et j'en suis revenu. Même là on s'embourgeoise très vite. Je suis plutôt pour un éloge de la fuite. Je me sens apolitique, entre la fuite et la désobéissance. En France, nos projets sont souvent censurés, pour des questions de normes de sécurité. On déresponsabilise les citoyens. » Grégory Chapuisat ne souhaite pas pour autant mettre en danger le spectateur. « Je veux tester l'inconscient, et, de manière assez égoïste, mes propres limites. Mais je cherche plutôt l'émerveillement, ça n'est pas du masochisme ». Prôner un autre mode de vie, n'est-ce pas déjà faire de la politique ? « C'est une pratique individuelle. Je ne me sens pas du tout proche de ces artistes suisses moralistes, comme Thomas Hirschhorn ou Gianni Motti. Je me sens plus proche d'un Roman Signer, et de ses vidéos poétiques d'expérimentations dans la nature ».

Après les montagnes suisses, Grégory Chapuisat prendra à la fin de l'année la direction des bords de Loire pour une nouvelle expérience collective dans une grotte troglodyte des environs de Saumur – le projet s'intitule Superama Phase 4. Construire, vivre, déconstruire, repartir. L'artiste est ce qu'il bâtit, bâtit ce qu'il est. Vers quoi va-t-il ? « Je me balade comme un enfant joyeux ».


En partenariat avec Exponaute

Dans la série

Article
Portrait: Navid Nuur
Juste une idée entre le scotch et le mur
Mercredi 12 juin 2013
Le jeune artiste néerlandais Navid Nuur expose en deux lieux du Centre Pompidou – au sud aux côtés de trois autres artistes, au nord dans la Galerie des Enfants. L'occasion de découvrir un travail basé sur la participation du public et le... Lire la suite

Article
Nicolas Bourriaud : « L’École des Beaux-Arts de Paris doit être comme un moteur de recherche »
Mercredi 17 avril 2013
Nicolas Bourriaud, nouveau directeur des Beaux-Arts de Paris, une institution qui est à la fois école d'art, lieu de conservation et d'exposition, nous présente son programme entre passé et futur, à la crête du présent. Lire la suite
Article
Exposition: Linder. Femme/Objet
Féminisme punk, ciseaux et clafoutis
Mardi 26 mars 2013
À l'heure où le féminisme, sous des formes diverses, semble renaître de ses cendres, l'exposition Linder. Femme/Objet au musée d'Art moderne de la ville de Paris donne un coup de projecteur sur une artiste pionnière. Analyse de la... Lire la suite
Article
Un Nouveau Festival sous l’emprise des signes
Mardi 26 février 2013
Nouveau Festival, saison 4. L’édition 2013 (jusqu’au 11 mars prochain) est placée sous le signe des langages inventés et du chaos des signes. Un rendez-vous du Centre Pompidou une fois encore foisonnant et exigeant, mais aussi drôle et ouvert. Lire la suite

Article
Rencontre avec Thomas Lévy-Lasne
« La peinture est un sport de vieux ! »
Mercredi 30 janvier 2013
Thomas Lévy-Lasne peint des fêtes trop faites, des scènes pornographiques en streaming, des portraits d'intimes consultant leur page Facebook ou leurs SMS, des individus sur leur lit de mort, des touristes en visite dans les musées... Rencontre... Lire la suite
Article
Louvre-Lens
L’effet Bilbao aura-t-il lieu ?
Mercredi 19 décembre 2012
Événement majeur de cette fin d'année, l'ouverture du Louvre-Lens – proposé par Jean-Jacques Aillagon, voulu par Jacques Chirac, mis en œuvre par Henri Loyrette, inauguré officiellement par François Hollande le 12 décembre. 12.12.12... Lire la suite

Article
Portrait de Fabrice Hyber
La viralité appliquée à l’art
Jeudi 22 novembre 2012
Avec quatre expos simultanées, cet automne est décidément la saison Hyber. L'artiste français chéri des 90's fait un come back remarquable, en occupant pendant plusieurs mois quatre lieux : le Palais de Tokyo, le Mac/Val, la Fondation Maeght... Lire la suite

Article
Centre Pompidou virtuel, un iceberg culturel ?
Soyez le guide
Mercredi 17 octobre 2012
Le Centre Pompidou, tout le monde (ou presque) le connaît, l'a vu ou visité. Le lieu se double désormais d'un « Centre Pompidou virtuel », un site web conçu comme un centre de ressources aux potentialités inédites. Magali Lesauvage en... Lire la suite

Article
Monument aux chômeurs inconnus
« L'Utopie d'August Sander » de Mohamed Bourouissa
Mercredi 19 septembre 2012
Dans l'Utopie d'August Sander, Mohamed Bourouissa rend hommage aux chômeurs inconnus. Rencontre avec l'artiste à l'École municipale des beaux-arts / galerie Édouard Manet de Gennevilliers, où il présente son projet en forme d'anti-monument. Lire la suite
Article
Adrien Missika
Aller-retour vers le futur
Mardi 10 juillet 2012
Lauréat du Prix de la Fondation d'entreprise Ricard 2011, le jeune artiste présente son film « Dome » au Centre Pompidou pendant tout l'été. Une œuvre méditative sur la forme et le souvenir, l'expérience et le ressenti. Lire la suite
Article
Cape Farewell, quand les artistes partent au nord
Mardi 12 juin 2012
L'Espace Fondation EDF, à Paris, réunit cinq projets artistiques réalisés avec la collaboration de scientifiques. Organisée par David Buckland, fondateur de Cape Farewell, l'expo Carbon 12 est l'occasion d'évoquer les expéditions... Lire la suite

Article
Michel Blazy aux Bernardins
« Assister la fragilité pour qu'elle existe »
Mercredi 16 mai 2012
Michel Blazy, que l'on connaît pour ses murs de purée de carotte ou ses plateaux d'écorces d'oranges empilées, est l'invité du Collège des Bernardins. Installé dans l'ancienne sacristie, « Bouquet final » est réalisé... Lire la suite
Article
Damien Marchal, le son à l’œuvre
Mardi 10 avril 2012
Dans les installations de Damien Marchal, le son est une déflagration : un évenement volontaire, créateur et destructeur qui fait exploser les systèmes relationnels pour mieux les entendre. Découverte et décryptage en partenariat avec Exponaute. Lire la suite
Article
Akatre, trois graphistes hors-format
Mercredi 28 mars 2012
Pour ce premier article de notre partenariat avec Exponaute, Magali Lesauvage nous présente Akatre, un trio de designers graphiques qui font des formes avec du papier, de la peinture, des écorces d'orange, des balles de ping-pong, des gants en... Lire la suite

Rebonds

Conférence
Mardi 23 Juillet 2013
Atelier
Mardi 2 Juillet 2013 - Mardi 30 Juillet 2013
Exposition
Mardi 2 Juillet 2013
Conférence
Mardi 25 Juin 2013