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Guilhem, footballeur online



Interview (Portraits de joueurs)

Guilhem, footballeur online

Mercredi 11 juillet 2012 par Loïc H Rechi Tags: jeu vidéo
Comme des millions de mecs dans le monde, Guilhem est un passionné de football sur console. Adepte du jeu FIFA, il nous raconte comment sa pratique sociale du jeu a évolué en adéquation étonnante – et néanmoins parfaitement parallèle – avec le développement du jeu en ligne et des réseaux sociaux.

Qui es-tu ?

Je suis Guilhem Malissen, j'ai 25 ans et je ne joue qu'à FIFA. Par le passé, j'ai un peu joué à Metal Gear Solid et Resident Evil. Je pouvais y passer énormément de temps. D’ailleurs, je me souviens d’avoir passé trois jours pleins à ne rien faire d’autre que jouer à Resident Evil. Puis ce genre de jeu m’a lassé. Je sentais que j'étais vraiment capable d'y perdre du temps et commençais à culpabiliser quand j’avais l’impression de trop jouer. Donc aujourd'hui, je ne focalise que sur un seul jeu : FIFA.
 

Donc tu as une console avec un unique jeu qui est FIFA ?

Ouais ! Chez moi, il y a d'autres jeux qui appartiennent à ma colocataire mais je ne ne possède que FIFA – et Formula One pour un invité privilégié... Mais je n'y touche jamais.
 

Si on devait te catégoriser dans la typologie des joueurs, on serait tenté de te classer parmi les « Johnny », à savoir ceux qui jouent avant tout pour le plaisir, sans besoin de compétition. Te retrouves-tu dans cette catégorie ?

Je ne suis pas dans une démarche de compétition comme peuvent l'être certains. J'ai déjà rencontré des mecs de chez EA Sports [NDLR : l'éditeur de la série des FIFA] qui m’ont racontés comment certains sont à fond dedans et vont s'affronter dans le cadre d'un classement mondial. Ils se déplacent pour faire des compétitions et doivent s'astreindre à une vraie rigueur. Moi, j'aimerais bien le faire mais je préfère ne pas y accorder plus de temps que ça, ne serait-ce parce qu’il y a d'autres activités dans la vie ! À mon échelle, sans forcément jouer cinq heures par jour, j'apprécie de monter dans les divisions, d’être toujours bien ou mieux classé dans mon championnat, etc.
 

Désormais, dans ta pratique, tu as plus recours à du jeu en ligne qu'à du jeu entre amis ?

Maintenant oui. Quand j'étais plus jeune, je jouais tout seul chez moi ou avec des amis quand c'était possible. Puis, plus tard, j'ai habité en cité universitaire et là on se retrouvait à six ou sept et on faisait des « gros FIFA ». Mais c'était un peu compliqué parce que ceux qui possédaient le jeu et le pratiquaient régulièrement devenaient de plus en plus forts tandis que les joueurs occasionnels stagnaient au même niveau. Les matchs étaient souvent déséquilibrés avec des résultats de l’ordre du 5-0 ou 6-0. Rapidement, ça n’a plus fait trop marrer grand monde. Du coup, j'ai un peu la sensation que le online a définitivement tué le jeu social tel qu'on le connaissait.
 

Ne penses-tu pas que c'est aussi le fait d'avoir grandi qui t'a éloigné de cette pratique sociale en particulier ?

Sans doute. Mais il m'arrive encore de faire des soirées FIFA avec des potes même si ceux avec qui je jouais beaucoup à l’époque ne veulent plus trop participer désormais. Et puis c'est particulier de jouer à FIFA en soirée ! Tu as deux mecs qui sont complètement focus sur la console et tous les autres qui attendent. Les jeux de sport en général sont bien moins conviviaux que beaucoup d'autres jeux car l'interaction ne se situe généralement qu’entre deux personnes. Personnellement, j'aime toujours avoir l'adversaire physiquement présent à côté de moi, mais je connais pas mal de monde qui ne recherchent plus forcément cela.
 

À quel moment as-tu basculé pour préférer le jeu online ?

C'est véritablement cette année que je me suis mis à jouer via Internet. C'est devenu tellement plus fluide ! Avant, il fallait passer par une connexion Ethernet et le résultat n'était pas incroyable. Certaines parties étaient faussées à cause de problème de « lag » – quand la connexion fait des siennes et que le jeu se met à saccader. Devoir finir son match et se taper dix minutes de jeu saccadé, c'est assez énervant.
 

On pourrait avoir la sensation qu'Internet annihile tout le côté social du jeu de foot, mais est-ce vraiment le cas ? Est-ce qu’il t’arrive, par exemple, de fixer rendez-vous à des potes pour entamer une partie ?

Oui, c'est ce qu'on fait beaucoup aujourd'hui. En fait, on va se balancer un petit message sur Facebook ou Twitter « Hey, tu veux faire un FIFA ? » ; ou on peut proposer, au démarrage, un match amical à quelqu’un qui est connecté. On se fait trois ou quatre matchs sans que ça devienne chronophage et je n’ai plus à passer la manette si je perds. On a gardé le côté social du jeu puisqu’on on se retrouve sur Facebook avant et qu’on débriefe par chat entre chaque match.
 

Et tu n'as pas l'impression d'avoir adopté cette pratique parce que tu es devenu aussi un nerd passant bien plus de temps sur Internet et ton ordinateur qu'il y a cinq ou six ans, à l'époque où tu étais en cité universitaire par exemple ?

C'est possible. D'ailleurs, mes potes ont également basculé leurs autres jeux en ligne. Le online permet d'organiser des soirées n'importe quand avec tes amis. Tu n'as pas de problème de dernier métro ou quelque autre désagrément. J'ai des potes qui jouent à Team Fortress [NDLR : un jeu vidéo de tir subjectif, en ligne et basé sur le jeu en équipe], et eux se retrouvent vite à jouer jusqu'à quatre heures du matin en laissant Skype ouvert pour les commentaires. C'est beaucoup moins contraignant et, finalement, le côté social me semble tout aussi présent puisque les mecs tchatchent en jouant via un logiciel de VoIP.
 

Dans l'univers des jeux de football, il règne une véritable guerre de tranchées entre les franchises, avec un affrontement au sommet depuis plus d'une décennie entre les Pro Evolution Soccer (PES) de Konami et les FIFA d'Electronic Arts. Pour résumer, nombre de joueurs hardcore ont longtemps privilégié les jeux de Konami, plus réalistes, jusqu'à ce qu'Electronic Arts inverse la tendance en sa faveur en proposant une simulation de meilleure facture depuis quelques années. Est-ce que tu as suivi le même cheminement ?

J'ai commencé avec des jeux EA, avec Coupe du Monde 98, FIFA 99 et FIFA 2000. Mais je ne sais pas pourquoi, l'année suivante, je n'ai pris ni FIFA, ni ISS [NDLR : une des premières versions de PES] mais un jeu obscur sur Playstation 2 qui s'appelait Le Monde des Bleus. Après cette bizarrerie, j'ai basculé sur PES à la grande époque du jeu et j'y suis resté fidèle pendant des années. Puis des gens ont commencé à soutenir que FIFA était mieux mais je refusais un peu d'y croire, parce qu'il y avait un truc vraiment identitaire dans le fait de choisir l'un ou l'autre des jeux. Maintenant, ça fait deux ans que tous les magazines de jeux vidéo sont unanimes sur le fait que FIFA est le meilleur. Du coup, j'ai fini par m’y mettre. Je n'ai pas testé la version de PES sortie cette année, mais franchement, je n'ai rien à reprocher à FIFA !
 

Chaque franchise existant sur ordinateur et sur les différentes consoles, comment choisis-tu un support de jeu ?

Je joue sur Playstation 3, mais c'est parce que je n’ai pas de console et qu’elle appartient à ma colocataire. Mais cela dit, si je devais choisir, j'opterais de toute façon pour une Playstation 3 parce que j'ai commencé avec la première Playstation et que je préfère largement la manette qui n'a jamais changé. Par le passé, j'ai longtemps joué à PES via un ordinateur, mais j'avais également un modèle de manette Playstation.
 

Cela serait simplement une histoire de manette ?

Ouais, je pense. Dans la mesure où je ne joue qu'à un seul jeu, le catalogue de Sony ou Microsoft [NDLR : qui commercialise la X-box, la grande concurrente de la Playstation de Sony], je m'en fous un peu.
 

Et avec les jeux de foot, il y a quand même cette logique, ce passage obligatoire de racheter un jeu chaque année. Ça te paraît indispensable ?

Bien sûr ! À chaque sortie d’un nouveau jeu, je suis allé l’acheter le jour même ou le lendemain. Avec le online, il est important d'intégrer rapidement les nouveautés pour être prêt à temps afin de se mesurer aux autres. Et puis c'est un peu excitant, parce que cela fait bien dix ans qu'à chaque nouvelle version, les mecs amènent des petites nouveautés qui améliorent le jeu. Du coup, cela crée une certaine curiosité et une impatience. Et ce qui est marrant, c’est qu’au début, lors des premières manipulations, on a toujours l’impression qu’il est moins bien, qu’il est bizarre. En fait, les nouvelles éditions me paraissent toujours un peu plus lente, et au final, après six mois de jeu, quand je rejoue à la précédente, je finis systématiquement par me dire « Ah, il est tellement mieux le nouveau ! » On passe toujours par une phase d'adaptation, on réapprend à jouer et c'est finalement assez plaisant.
 

Là aussi, j'ai l'impression qu'on a perdu une des composantes sociales du jeu de football. À l'époque, il y avait toujours un mec qui l'avait avant les autres, et tout le monde se pointait chez lui pour l'essayer. Avec ce que tu me dis, j'imagine que ça s'est perdu aussi ?

Ouais, c'est clair. D'une part, le online a changé les façons de jouer. Et là, quand j'ai acheté le dernier, personne n'est venu chez moi pour le tester. Enfin si, il y a eu un pote, mais c'est beaucoup moins excitant qu'avant. Avec cette dimension online, tu es obligé de l'acheter ; le code personnel de connexion pour accéder à l'interface multi-joueur se trouve à l’intérieur du boîtier. Du coup, plus question de l'emprunter !
 

Et paradoxalement, les jeux de foot permettent d'avoir deux activités en même temps...

C'est aussi possible avec d'autres jeux, mais c'est vrai que les jeux de foot permettent de faire deux choses en même temps. Du coup, j'écoute pas mal de podcasts, la radio, des albums de stand-up de comiques américains ou de la musique. Je me prépare mes podcasts à l'avance et je joue en les écoutant.
 

C'est donc une activité potentiellement sociale, mais qui est aussi paradoxalement très individualiste ?

Complètement. Et puis je passe quand même beaucoup de temps en ligne à jouer contre des gens que je ne connais pas, ce qui écarte pas mal la notion sociale. Mais l'avantage du online reste malgré tout que tu joues contre un mec et pas contre un ordinateur. Avec les jeux de foot, tu as donc potentiellement un mec qui a une vraie réflexion en face !
 

La notion de sociabilité a peut-être muée également. Ton utilisation des réseaux sociaux t'a permis de rencontrer d'autres joueurs, n’est-ce pas ?

À un moment donné, j’en ai eu marre de jouer en ligne contre des mecs que je ne connaissais pas. J'ai demandé sur Twitter s'il y avait des gens qui jouaient et j'ai eu des réponses positives de deux ou trois mecs que j’affronte désormais régulièrement. Il y a notamment un type à qui je foutais des grosses tôles au début et en jouant pas plus tard qu'hier, après un long moment sans s’opposer, je me suis rendu compte qu'il avait carrément rattrapé mon niveau. C'est cool, ça met du challenge !
 

As-tu fini par rencontrer IRL certains de tes adversaires online ?

Il y a un type qui habite à Nantes et qui était présent dans une soirée que j'organisais là-bas mais il n'a pas osé venir me voir. C'est dommage parce que c'est un mec avec qui je joue régulièrement et avec qui je discute sur Twitter... et pas que de foot mais aussi de musique, etc.
 

Finalement, FIFA pourrait très bien être un point de départ amical. On se retrouve dans une logique sociale inversée où l'on ne joue plus avec les potes mais dans laquelle le jeu devient un vecteur de rencontre ?

Exactement. Et d'ailleurs, Electronic Arts envisage de faire un réseau social intégré au jeu dès l'année prochaine parce que finalement, ils doivent s'adapter aux nouvelles façons de communiquer. On rencontre bien des gens via Twitter, alors, pourquoi pas via FIFA ?


 

Crédit Photo : Clément Bec-Karkamaz


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