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Cyber-activisme au Nigeria, Join the revolution !

Lundi 4 avril 2011 par Oulimata Gueye Tags: réseaux sociaux, hacktivisme, média, société
Plus confidentiels que les « révolutions arabes », les mouvements citoyens portés par internet se développent en Afrique subsaharienne. Au Nigeria, cette résistance jusqu'alors insoupçonnée mobilise citoyens et artistes via les réseaux sociaux pour peser sur les pouvoirs publics. Tour d’horizon avant les élections, le 9 avril prochain.
 

L'électricité pour tous 

Au Nigeria, pays de tous les scandales, il en est un qui ne passe plus : les coupures d’électricité ! Dans ce pays, le plus peuplé d’Afrique (152 millions d’habitants) et septième exportateur de pétrole au monde, certaines zones restent des jours voire des semaines entières sans approvisionnement et ce, depuis des décennies. Entre « les cartels qui importent les groupes électrogènes, des sous-traitants qui ne terminent pas les chantiers de travaux électriques, des citoyens qui vandalisent les lignes et les installations électriques, de l'attitude nonchalante du gouvernement, jusqu'aux fabricants de groupes électrogènes (installés dans les pays développés) », beaucoup d’acteurs ont intérêt au statu quo. Mais les Nigérians vivent de plus en plus mal cet état de fait.

Excédés, une poignée d’activistes médias, menés par Amara Nwankpa, lancent le 19 juillet 2009 via twitter le mot d’ordre « LightupNigeria », qui va fonctionner comme le marqueur de la radicalisation de la contestation. Cette campagne online qui s’appuie sur internet, Facebook et YouTube, vise à rassembler le plus de voix possible et à interpeller directement les membres du gouvernement jusqu’à ce qu’ils agissent et mettent la question de l’électricité en tête de liste de l’agenda politique.
 
L’action est vite relayée par les blogueurs, les médias classiques, la télévision, la diaspora nigériane et même CNN. Le site afripopmag quant à lui présente Amara Nwankpa comme l’une des dix personnalités à suivre en 2011 ! 

 

Vidéo de présentation du mouvement

Enough is Enough

Au-delà de la question des infrastructures électriques, ce qui est en jeu, c’est l’information, la sensibilisation et l’éducation de tous les Nigérians afin qu’ils participent activement au changement de la société. Récemment LightUpNigeria  s’est joint à une nouvelle cyber-initiative, « Enough is Enough » (EiE), dont l’objectif est de mettre en réseau la jeunesse nigériane et susciter son intérêt pour les questions de « leadership d’opinion» et de bonne gouvernance. 

Enough is Enough est aussi né d’un mouvement de colère face aux problèmes d’énergie. En mars 2010, Jude Jideonwo, 25 ans, directeur artistique du groupe de presse Redstrat, rentre d’un voyage à l’étranger et constate que  – comme depuis des mois maintenant – il faut faire la queue pendant des heures pour s’approvisionner en carburant. C’en est assez, il organise une marche de protestation à Abuja, la capitale, puis à Lagos, dénonçant les problèmes liés à l’énergie. Conçues au départ comme des manifestations de professionnels des médias et de l’industrie du divertissement, plusieurs milliers de jeunes se joignent à ces marches et apportent ainsi la notoriété nécessaire pour pérenniser le mouvement. 
 
Pour les prochaines élections, EiE a lancé la campagne « RSVP : Register. Select. Vote. Protect » sur twitter, Facebook, les médias sociaux locaux comme Nairaland, Naijatalk et Gnaiga, la téléphonie mobile, la radio et la télévision, afin d’inciter les jeunes de tout le pays à s’inscrire sur les listes électorales et à aller voter, à s’informer sur les programmes des candidats et à traquer les fraudes. EiE vient de rendre disponible une application, «  Revoda », créée sur le modèle du site kenyan Ushahidi, qui servira à collecter des informations dans les différents centres de vote, les jours d'élections.
 
La jeunesse, c’est l’enjeu de ces réseaux sociaux : depuis que la campagne pour les élections est lancée, LightUpNigeria , EiE, Sleeve up, ainsi que de nombreux blogs affichent le slogan « What About Us » comme un cri de ralliement de la  jeunesse : les moins de 35 ans représentent 70% de la population et veulent devenir un acteur politique de poids.

Les artistes nigérians s'engagent

Les artistes nigérians participent aussi activement à ce mouvement de réveil des consciences citoyennes et de prise en charge du développement. Les galaxies R&B et hip hop semblent avoir pris le relais des grandes figures de la contestation artistique qu’étaient Féla et Sonny Okosun. Ainsi les stars locales : eLDee The Don, EMX, MI, Sound Sultan, ont largement contribué à médiatiser LightUpNigeria  et Enough is Enough en donnant des interviews ou en réalisant des vidéos

Sound Sultan ft M.I 2010

Olanrewaju Fasasi, aka Sound Sultan ou encore Naija Ninja (15), est la star montante du R&B. Loin de la naijapop, c’est un artiste engagé qui dénonce, depuis son premier album en 2000, les maux de la société. Les thèmes de son dernier album sorti en 2010, Mission 2010 – Back From The Future, pointent l’hypocrisie, la corruption, le matérialisme, l’inertie bureaucratique et … les coupures d’électricité. 

Premier épisode de N-report

Dans un tout autre registre, blackhouse studios, un studio d’animation basé à Abuja, a lui aussi conçu la série N-report comme un outil pour informer, éduquer et inciter les citoyens à intervenir dans l’espace public. En s’attaquant aux sujets sensibles, N-report espère déconstruire les schémas mentaux qui entravent le développement du pays tout en misant sur l’humour et le second degré. Le premier épisode de la série est consacré à la question de l’électricité.

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