Chromatics
« Kill for Love »

S’inscrivant dans le scintillant sillage de Night Drive (2007), le nouvel album des Chromatics – dont le titre, Kill For Love, met droit dans le mille – contient pas moins de 17 morceaux (pour une durée totale d’une heure et demie), suscitant un plaisir d’écoute constant. De l’hymne inaugural – « Into The Black », une reprise splendidement alanguie d’une des plus belles chansons de l’histoire du rock, « My My Hey Hey (Into The Black) » de Neil Young – au minimal instrumental final (« No Escape »), affichant 14 minutes au compteur, le groupe enchaîne les pépites avec une maestria insolente et entraîne l’auditeur dans une lente cavalcade mélancolique, pareille à une errance nocturne à travers les luminescentes artères d’une métropole imaginaire.
Nés à Portland au début des années 2000, les Chromatics ont pris, suite au départ de trois des quatre membres fondateurs, un virage musical radical en 2004, tournant le dos au punk de leurs débuts pour s’adonner à une forme de pop-rock synthétique, à la fois sombre et glamour, et devenir à partir de Night Drive l’un des deux principaux fers de lance (l’autre étant Glass Candy) d’Italians Do It Better, label qui s’est fait une spécialité de cette magnétique petite musique de nuit. À l’intérieur de la miroitante maison Italians Do It Better, se détache la silhouette essentielle du guitariste, claviériste et producteur Johnny Jewel. Dissimulé derrière son pseudo en or massif emprunté à un morceau de Television, le gaillard – membre de Chromatics, Glass Candy et Desire – contribue pour beaucoup à l’esthétique du label. Au sein de Chromatics, il partage la composition des morceaux avec le guitariste et chanteur Adam Miller, seul rescapé de la formation originelle, tous deux constituant un binôme étincelant auquel s’adjoignent le batteur Nat Walker (par ailleurs membre de Desire) et la chanteuse Ruth Radelet, au timbre de voix idéalement sensuel.
Chaque morceau de Kill For Love fonctionne très bien isolément, plusieurs sont des tubes en puissance (à commencer par le morceau-titre, évoquant fortement le Jesus & Mary Chain période Darklands, Lady, Birds Of Paradise et The River), et le tout forme un ensemble d’une prestance et d’une cohérence remarquables. Faite d’un inaltérable alliage de frivolité et de gravité, de puissance de séduction et de force de consomption, la musique des Chromatics se pare ici d’une aura intensément romantique et exclue toute forme de retenue : à ces ballades capiteuses de la nuit tombée, l’on se doit d’absolument succomber.
Jérôme Provençal
En collaboration avec mouvement.net
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- Italians do it better: http://vivaitalians.blogspot.com
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