Anonymous : les guerres ne se gagnent pas avec un masque
PROLOGUE
ACTE 1 : ZETAS VERSUS LES BALANCES
Au milieu de cette masse de flux et d'individus bien difficiles à cerner, le cas des Anonymous mexicains est particulièrement intéressant, pour ne pas dire emblématique. Le pays s'affiche comme la quatorzième économie mondiale en 2011 si l'on s'en réfère à son PIB nominal, intercalé entre l'Australie et la Corée du Sud, excusez du peu. Mais derrière des apparences statistiquement amènes, cet état est le théâtre quotidien de violences qui se traduisent d'une part socialement par une émigration périlleuse et illégale vers le voisin américain, et d'autre part par un seuil de criminalité tout bonnement délirant, en grande partie imputables à des conglomérats de la drogue économiquement et politiquement hyperpuissants, qu'on a l'habitude de désigner sous le nom de cartels. Veillant à s'assurer le maximum de tranquillité pour mener leurs affaires en toute impunité et avec discrétion, ces groupes n'ont jamais hésité à s'en prendre à la police autant qu'aux journalistes.
Conjointement au développement de l'accès à Internet dans le pays de Carlos Slim – roi des télécommunications au Mexique et homme le plus riche du monde – sont apparus nombre de blogs et forums de discussion dédiés à l'univers des cartels. Entre fascination et répulsion, certains de ces sites ont cristallisé le ressentiment de toute une frange de la population excédée de devoir ramasser les cadavres, usée de subir la corruption d'une partie de la police et de la classe politique. Pendant longtemps, les internautes « rebelles » ont été épargnés par les violences des cartels, ceux-ci ne pouvant pas grand-chose à vrai dire. Mais modérément tolérants quant à l'idée d’être vilipendé et encore moins lorsque ça dénonce sérieusement, l'un d'entre eux, le cartel des Zetas a sifflé la fin de la récréation. En septembre 2011, les corps inertes – et même éventré pour la seconde – d'un homme et d'une femme sont retrouvés pendus à une structure métallique dans une zone industrielle de Nuevo Laredo, une ville à cheval sur la frontière américaine. Sur la pancarte jaune déposée à côté des cadavres un message simple :
« Cela arrivera à toutes les balances d'Internet (Frontera al Rojo Vivo, Blog Del Narco, ou Denuncia Ciudadana). Vous êtes prévenus, on vous a à l'œil. Signé Z. »
Premier épisode d'une série qui aurait coûté la vie à quatre internautes jusque-là, ce double meurtre est venu rappeler qu'Internet ou pas, on ne badine pas avec les cartels, particulièrement avec les Zetas réputés être des plus sanguinaires. Selon l'Agence Antidrogue Américaine (DEA), la guerre des cartels entre eux et contre le gouvernement aurait déjà fait 43 000 morts depuis la fin de l'année 2006. Et compte tenu des millions de dollars brassés par le cartel chaque année, les experts en renseignement de chez Stratfor ne doutent pas un seul instant que les Zetas disposent de leur petite armée de pirates informatiques pour faire la chasse « aux balances ».
ACTE 2 : ANONYMOUS VERSUS ZETAS
ACTE 3 : ANONYMOUS VERSUS SES PROPRES LIMITES
Illustration principale : montage d'après une photographie de Michael Connell [CC BY-NC-SA 2.0]
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