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Allô Elektra ?

Mercredi 6 avril 2011 par Elisa Mignot Tags: interaction sociale, culture du libre, télécommunication, hacktivisme
Derrière l'invention du "MESH Potato", un boîtier qui, branché à un téléphone fixe affranchit ses utilisateurs des grandes firmes énergétiques et téléphoniques, il y a la hackeuse allemande "Elektra" et surtout une philosophie de la vie. Sous le boîtier, l'utopie.

Elle le sort de son sac noir, noir comme son pantalon, noir comme ses chaussures, noir comme son pull. "Voici l'appareil ! Il est bien réel et il est déjà utilisé", explique de sa rauque voix Corinna "Elektra" Aichele. L'appareil, c'est le "MESH Potato", un solide boîtier utilisant un logiciel libre ainsi que du matériel libre, "open software" et "open hardware" et qui, branché à un téléphone fixe, se connecte à ses semblables, les autres "potatoes", pour fonctionner comme un capteur et un relais téléphonique. L'idée est ainsi de créer une communauté de gens qui téléphonent gratuitement, en s'affranchissant des grandes compagnies de téléphonie et des sources d'énergie car ce boîtier blanc peut fonctionner avec des batteries ou à l'énergie solaire.

Culture de la téléphonie libre

"Ca n'est pas une invention au sens propre, corrige celle que tout le monde appelle Elektra, c'est une combinaison de technologies déjà existantes. Par contre, le "MESH routing protocol", un algorithme organisant la façon dont ces appareils communiquent entre eux est de mon invention !" Membre du Chaos Computer Club, proche du C-Base, deux laboratoires de hackers allemands, Elektra est une autodidacte de la culture libre devenue une experte en la matière. En 2008, alors que dans son camion à panneaux solaires garé sur un terrain en plein Berlin, elle réfléchissait à un protocole "peer to peer" sans fil, le Conseil pour la recherche scientifique et industrielle (CSIR) de Tshawne (anciennement Pretoria) en Afrique du Sud a fait appel à elle pour concevoir au sein d'une équipe de chercheurs, ce qui deviendrait bientôt le "MESH Potato".

Expérimentée en Afrique du Sud et plus particulièrement destinée à tous les pays en développement - une énorme partie du budget des Africains serait consacrée à la téléphonie, précise l'hacktiviste - l'idée est de donner accès à la téléphonie fixe à toute une frange de la population qui ne l'a pas. "Dans les pays en développement, explique Elektra, celui qui sur son cv n'a  qu'un numéro de portable est tout de suite étiqueté comme pauvre." Elle poursuit avec un petit argumentaire-mode d'emploi vantant la simplicité du kit à environ 100 dollars : "Si vous êtes dans un endroit où il n'y a pas de systèmes téléphoniques ou s'ils coûtent trop chers, vous prenez le MESH Potato, vous mettez un manche à balais sur votre toit, vous y accrochez le boîtier, vous le reliez avec un câble à l'appareil dans votre maison et vous pouvez téléphoner à tous les autres foyers équipés. Les appareils similaires branchés dans les autres maisons forment un réseau. C'est un système de voix sur IP", résume-t-elle.

 

 

 

De bonnes ondes

Peu étonnant que la quarantenaire ait, dès son plus jeune âge, été passionnée par les ondes électromagnétiques et qu'elle ait construit sa première radio à 9 ans. Elle se rappelle encore de cette voix, sortie de son proto-poste. C'était celle d'un voisin. "Cet homme était dans mon village, à 100 mètres de la maison, mais pour moi c'était un étranger, la découverte d'un autre monde qui me parlait. "Elle est évidemment partie à sa rencontre, passa ensuite par une période talkie-walkie vite remplacée par la radio amateur, actant définitivement de sa passion pour les ondes. "L'ordinateur, le Wifi et d'autres types d'ondes invisibles et porteuses de messages sont arrivés, se rappelle-t-elle. Vous imaginez que cela m'a encore plus passionné ! Et un jour j'ai eu cette idée de développer un système d'aide mutuelle entre des postes sans fil, la technologie MESH."

Elektra entame des recherches un peu partout, mais pas tellement dans les universités, rencontre des gens, commence à écrire pour des magazines spécialisés, cherche des programmateurs qui pourraient l'aider, va taper aux portes de hacklabs existants, notamment à celle de l'ASCII d'Amsterdam dont les engagements sociaux, les connaissances sur le Wifi et sur Linux, les squats itinérants l'inspirent encore aujourd'hui. Nous sommes alors en 2001. A cette époque, une nébuleuse d'hacktivistes grossissait aussi à Berlin. Elektra réalise que d'autres qu'elle, au même moment, s'intéressent aux mêmes choses. Un jour, dans l'un de ces petits groupes de hackers, la connexion internet les lâche ; elle suggère qu'ils aillent squatter un endroit où la connexion est bonne - un luxe à l'époque, se souvient-elle - pour la partager sans fil. Ils construisent des antennes et d'antennes en antennes, c'est ainsi qu'elle s'est retrouvée en Afrique du Sud, à en poser dans un township près de Johannesbourg. C'est le premier Village Telco, laboratoire de la technologie MESH Potato.

PHILOSOPHIE DU MAINTENANT

"Je ne suis pas vraiment chercheur, disons que je suis une squatteuse qui fait de l'électronique, développe des systèmes d'énergies solaires, de la technologie sans fil, des programmes opensource, des algorithmes pour une communication ubiquitaire et, ajoute-t-elle, je suis aussi une philosophe." Ses réflexions et recherches électroniques sont en effet sous-tendues par une philosophie mûrie depuis des années qu'elle résume en une phrase aux lettrages blancs sur stickers noirs : "Le fait que tu parles dans ta tête ne veut pas dire que tu penses mais seulement que tu parles". Tout est donc affaire de C-O-M-M-U-N-I-C-A-T-I-O-N, téléphonique ou non.

«Les problèmes de communications sont des problèmes d'empathie.» Elektra

"Dans leur tête, les gens ont des conversations entre eux et eux-mêmes mais c'est le contraire même du principe de communication !, explique Elektra en agitant sa longue crinière poivre et sel. En restant dans leur tête, les gens ne font pas l'expérience de l'ici et du maintenant." Cette philosophie du temps présent est pour elle le moyen de rester connecter au monde et aux autres, et "la mort de l'égo", la clef du vivre ensemble. "C'est un peu radical, commente-t-elle, mais je suis un peu anarchiste...J'aime à croire qu'une société où les gens vivraient dans le maintenant serait une société d'entraide, loin de l'égoïsme, du déni de la réalité et plus dans l'empathie. C'est mon espoir. " Cette année, Elektra prévoit de quitter fréquemment son camion pour sillonner le monde et tenter de relier et rallier les gens au "MESH potato". Antenne après antenne, elle aimerait bien créer un monde "plus juste et plus ouvert" où les gens communiquent pour de vrai.

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