ARANDEL : Design sonore et autres propos
11/04/11
Tiens, tiens, c’est à Arandel, l’homme sans visage que revient l’enjeu du design sonore de la Gaité Lyrique pour la semaine InFiné…comme il est toujours bon d’éclairer le spectateur curieux, on a profité des technologies anonymes (le courriel, donc…) pour que cet artiste à l’image mystérieuse et intrigante, auteur d’un superbe album in D l’année dernière (album dogmé, pas de samples ni bazar Midi et autres artifices paresseux de studio moderne) s’explique donc sur son rôle de ciseleurs de sons, son taf sur la Gaité et les rapports à son label InFiné.
Il semblerait que vous signez le design sonore de la Gaité Lyrique sur cette semaine consacré à votre label InFiné? En quoi cela consiste-il ?
Il s’agit de concevoir l’habillage sonore du bâtiment, imaginer les sons qui vont habiter les lieux pendant la Infiné Week. L’idée de départ était de donner à entendre la mémoire des murs de la Gaîté, qui ont emmagasiné plus de 200 ans de voix, de mélodies, de murmures, d’applaudissements, de hourras ou de tollés. Faire revivre pendant une petite semaine toutes ces voix fantômes qui ont un jour résonné ici. Nous nous sommes donc principalement intéressés à ces pièces (opéras, opérettes, fééeries, opéra-bouffes, théâtre lyrique) qui ont été créés à la Gaîté, d’Offenbach à Mauricio Kagel, en passant par Prokofiev, Gounod ou Maurice Ohanna. Des citations de leurs oeuvres vont donc faire des réapparitions dans ce lieu où elles ont été créées, au travers de quelques 100 haut-parleurs indépendants, répartis dans les plafonds des étages.
En quoi ce travail de designer sonore est différent de celui que vous menez en studio pour vos ''disques'' et en quoi est ce différent d'un de vos live ?
il s’agit là d’une création, imaginée spécifiquement pour la Gaîté Lyrique. Contrairement au disque, il s’agit là d’une pièce circulaire en trois parties (une par étage) de 30 minutes chacune, qui va jouer en boucle et . Elles n’a donc ni début ni fin. Et la spatialisation des sons, grâce à la multidiffusion que permet cette centaine de haut-parleurs apporte une dimension unique à cette pièce, qui ne peut être appréciée qu’in-situ.
Pour vous le design sonore tel que vous le pratiquez s'inspire t-il d'artistes, de paysages, d'environnement, de sons ?
C’est un paysage en soi, à inventer, dont on doit dessiner l’espace, le relief, les pleins et les creux. Ici le parti-pris a été celui de la voix, puisque ça a été un peu jusqu’à aujourd’hui le fil rouge dans l’histoire de la Gaîté Lyrique. La voix est le plus extraordinaire des pinceaux musicaux dont on peut user pour dessiner un paysage sonore. C’est un outil particulièrement expressif, mélodique, bruitiste, rythmique, et surtout dynamique.
Ce design sonore, on pourra l'entendre où dans le bâtiment et comment?
Dans l’ensemble des parties accessibles au public pendant cette semaine, à savoir le rez-de-chaussée, et les premiers et deuxièmes étages. Naturellement, on aurait adoré pouvoir investir aussi les ascenseurs, mais ils ne sont pas équipés pour ça, malheureusement.
Et cet endroit là, la Gaité lyrique, vous en pensez quoi, vous connaissez le batiment ?
Nous l’avons visité plusieurs fois, et déjà commencé à travailler dans les murs. C’est un lieu incroyable, avec toute son histoire, ses histoires dont ses murs sont chargées. Pour ce travail de sound design, on a fait tout un travail d’archives, on s’est beaucoup intéressés au passé du Théâtre. Nous avons été grandement aidés notamment par l’architecte du patrimoine Régis Grima et les documentalistes Carole Duguy et Marie-Hélène Desestre. Nous avons ainsi appris que les différentes incarnations de la Gaîté Lyrique avaient accueilli la première parisienne de Bob Wilson, le premier concert français de Steve Reich par exemple, ou encore la toute première performance de Magma. C’est un lieu de créations, et nous croyons que les murs de la Gaîté parlent de ça.
Et votre rapport avec inFiné, là on est au-delà du rapport entre une maison de disques et un artiste ?
Clairement. InFiné, c’est une maison tout court, une famille. Un endroit où on fait des rencontres, des expérimentations, tout le monde se fait découvrir des choses, on s’envoie nos recommandations, des liens, on se fait découvrir nos coups de coeur, et la famille s’agrandit.
Comment définiriez-vous votre travail, vous êtes quoi, musiciens, djs, chefs d'orchestre ?
On est un peu de tout ça, et rien à la fois. On expérimente, on essaie, on pose des questions, on tente des rapprochements, on hybride, on se déguise. Nous sommes des enfants en vacances dans un grand laboratoire. www.myspace.com/arandelmusic