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Blog Infine

From 13 to 17 April 2011


Tags : blog, music

Durant une semaine, InFiné Music investit la Gaîté Lyrique. A suivre quotidiennement sur cette page.


Rone

Interview de Rone

Alors, clairement, qu'est ce qu'on va pouvoir entendre de toi sur la InFine week de la Gaité : une vidéo que tu as mise en musique, c'est ça ?
Rone : En fait, on pourra voir deux facettes de mon travail, avec la bande sonore que j'ai crée pour une vidéo du photographe Stéphane Couturier, projetée tout au long de la semaine, et un live set électronique le samedi soir.

Comment tu as fait la connexion avec Stéphane Couturier ?
Rone : Oh, je le connais depuis longtemps en fait, parce que c'est un bon ami de ma famille; j'ai grandit avec des affiches de ces expositions collées sur les murs de ma chambre d'adolescent… Ce sont des images puissantes que je connais bien mais qui me fascine toujours autant... maintenant elles sont sur les murs de mon studio son… Un jour, il m'a dit qu'il travaillait sur une vidéo et m'a proposé d'en faire la bande son.

C'est la première fois que tu te prêtes à ce genre d'exercice ?
Rone : Oui et non. Non, parce que j'ai souvent fait de la musique à partir d'images ; dernièrement pour le court-métrage "La Femme à Cordes", un chouette film, dont la musique m’a valu d’être nominé dans la catégorie meilleure musique originale aux Lutins 2011. Et oui, parce que la vidéo de Couturier est un objet particulier... Ce n'est ni un film narratif, qu'il faudrait accompagner en musique pour souligner les images, ni un vidéo clip qui illustrerait mes sons…Il s'agit juste d'un lent travelling continu, qui balaie des façades de HLM à Séoul. Un seul mouvement donc, dans une image fixe qui devient presque abstraite. Mais ce simple dispositif m'a obligé à repenser ma musique.  Il me fallait faire une bande son répétitive qui, comme les images de Couturier, défilant frontalement de manière obsédante et presque oppressante, laisse passer des choses dans les détails et les variations.

En meme temps, les collaborations plus ou moins probables, je t'ai déja vu en faire quelques unes : des musiciens baroques et un bandéoniste sur le festival de musiques baroques d’Ambronnay, des impros avec le pianiste Bugge Wesseltoft, des live avec un pote à toi violoncelliste , bref, tu sembles habitué à ce genre de trucs, cela veut il dire que tu envisages ton métier de musicien au delà de la composition classique d'un disque et du live ?
Rone : C'est surtout que je me nourris de rencontres. Il en ressort chaque fois quelque chose d'intéressant, surtout quand elles confrontent deux univers que tout semble opposer. Après il y a toujours un moment où j'ai besoin de m'isoler… car j'aime me retrouver seul pour faire de la musique en puisant dans mes propres réserves.  Mais ces deux démarches me semblent indissociables, d'abord pour mon équilibre psychologique... :-) et puis parce que chacune d'elle enrichit l'autre.

As tu déja visité le batiment de la Gaité et que penses tu de ce genre d'endroit ?
Rone : Je n'ai pas encore pu visité la Gaîté parce que je m'installais à berlin au moment même de son ouverture. J'y vais pour la première fois cette semaine. Je suis très curieux et impatient de voir ce lieu parce qu'il en manque cruellement à paris.

Coté disque, d'ailleurs, est ce qu'il y a des choses qui sont prêtes et sur quoi travailles tu en ce moment ?
Rone : J'ai un Ep de trois titres qui sortira début mai chez InFiné, "So so so". Quelques remix sortiront aussi prochainement... Et je travaille actuellement sur mon deuxième album.

Tu habites Berlin depuis quelques semaines, la Gaité proposait une semaine berlinoise il y a quelques jours. Pourquoi le choix de vivre dans cette ville et clairement, penses tu que le fait de vivre dans la capitale d'une certaine coolitude artistique aura une influence sur ta musique et tes choix artistiques et esthétiques ?
Rone : J'ai quitté paris parce que je sentais qu'il le fallait... et j'ai choisi de m'installer à Berlin parce que c'est une ville dans laquelle je me sens bien. Je l'ai fait plus par intuition que par stratégie ou en pensant à un plan de carrière par exemple...  Evidement, culturellement il se passe pleins de choses ici... mais, plus que l'art ou les clubs, c'est le "way of life" qui m'a attiré ici: l'espace, le rythme de la ville, et puis le fait qu'on puisse encore fumer des cigarettes dans les bars ;-) Plus sérieusement, on entends souvent d'une ville qu'elle est agréable mais qu'il ne s'y passe rien ou, à l'inverse, qu'elle a une vie nocturne incroyable mais qu'elle génère beaucoup de stress ou encore que la vie y est chère...  Le truc magique à Berlin c'est qu'on trouve ce qu'on cherche (sauf du bon camembert...): il y a une vraie douceur de vivre ici, on entends les oiseaux, tout est calme mais si un soir on a besoin d'un peu de chaos et de bruit il y a aussi tout ce qu'il faut. J'aime ce champ des possibles là… Au final, je fais la même chose ici qu'à Paris, mais quand j'ouvre la porte de mon studio l'environnement est complètement différent. 

Est ce que tout cela aura une influence sur ma musique ? Je ne sais pas... nous verrons bien.

http://www.myspace.com/rone0

Interview Arandel

ARANDEL : Design sonore et autres propos

11/04/11

 

Tiens, tiens, c’est à Arandel, l’homme sans visage que revient l’enjeu du design sonore de la Gaité Lyrique pour la semaine InFiné…comme il est toujours bon d’éclairer le spectateur curieux, on a profité des technologies anonymes (le courriel, donc…) pour que cet artiste à l’image mystérieuse et intrigante, auteur d’un superbe album in D l’année dernière (album dogmé, pas de samples ni bazar Midi et autres artifices paresseux de studio moderne) s’explique donc sur son rôle de ciseleurs de sons, son taf sur la Gaité et les rapports à son label InFiné.

Il semblerait que vous signez le design sonore de la Gaité Lyrique sur cette semaine consacré à votre label InFiné? En quoi cela consiste-il ? 
Il s’agit de concevoir l’habillage sonore du bâtiment, imaginer les sons qui vont habiter les lieux pendant la Infiné Week. L’idée de départ était de donner à entendre la mémoire des murs de la Gaîté, qui ont emmagasiné plus de 200 ans de voix, de mélodies, de murmures, d’applaudissements, de hourras ou de tollés. Faire revivre pendant une petite semaine  toutes ces voix fantômes qui ont un jour résonné ici. Nous nous sommes donc principalement intéressés à ces pièces (opéras, opérettes, fééeries, opéra-bouffes, théâtre lyrique) qui ont été créés à la Gaîté, d’Offenbach à Mauricio Kagel, en passant par Prokofiev, Gounod ou Maurice Ohanna. Des citations de leurs oeuvres vont donc faire des réapparitions dans ce lieu où elles ont été créées, au travers de quelques 100 haut-parleurs indépendants, répartis dans les plafonds des étages.

 

En quoi ce travail de designer sonore est différent de celui que vous menez en studio pour vos ''disques'' et en quoi est ce différent d'un de vos live ?
il s’agit là d’une création, imaginée spécifiquement pour la Gaîté Lyrique. Contrairement au disque, il s’agit là d’une pièce circulaire en trois parties (une par étage) de 30 minutes chacune, qui va jouer en boucle et . Elles n’a donc ni début ni fin. Et la spatialisation des sons, grâce à la multidiffusion que permet cette centaine de haut-parleurs apporte une dimension unique à cette pièce, qui ne peut être appréciée qu’in-situ.

 

Pour vous le design sonore tel que vous le pratiquez s'inspire t-il d'artistes, de paysages, d'environnement, de sons ?
C’est un paysage en soi, à inventer, dont on doit dessiner l’espace, le relief, les pleins et les creux. Ici le parti-pris a été celui de la voix, puisque ça a été un peu jusqu’à aujourd’hui le fil rouge dans l’histoire de la Gaîté Lyrique. La voix est le plus extraordinaire des pinceaux musicaux dont on peut user pour dessiner un paysage sonore. C’est un outil particulièrement expressif, mélodique, bruitiste, rythmique, et surtout dynamique.

 

Ce design sonore, on pourra l'entendre où dans le bâtiment et comment?
Dans l’ensemble des parties accessibles au public pendant cette semaine, à savoir le rez-de-chaussée, et les premiers et deuxièmes étages. Naturellement, on aurait adoré pouvoir investir aussi les ascenseurs, mais ils ne sont pas équipés pour ça, malheureusement.

 

Et cet endroit là, la Gaité lyrique, vous en pensez quoi, vous connaissez le batiment ?
Nous l’avons visité plusieurs fois, et déjà commencé à travailler dans les murs. C’est un lieu incroyable, avec toute son histoire, ses histoires dont ses murs sont chargées. Pour ce travail de sound design, on a fait tout un travail d’archives, on s’est beaucoup intéressés au passé du Théâtre. Nous avons été grandement aidés notamment par l’architecte du patrimoine Régis Grima et les documentalistes Carole Duguy et Marie-Hélène Desestre. Nous avons ainsi appris que les différentes incarnations de la Gaîté Lyrique avaient accueilli la première parisienne de Bob Wilson, le premier concert français de Steve Reich par exemple, ou encore la toute première performance de Magma. C’est un lieu de créations, et nous croyons que les murs de la Gaîté parlent de ça.

 

Et votre rapport avec inFiné, là on est au-delà du rapport entre une maison de disques et un artiste ?
Clairement. InFiné, c’est une maison tout court, une famille. Un endroit où on fait des rencontres, des expérimentations, tout le monde se fait découvrir des choses, on s’envoie nos recommandations, des liens, on se fait découvrir nos coups de coeur, et la famille s’agrandit.

 

Comment définiriez-vous votre travail, vous êtes quoi, musiciens, djs, chefs d'orchestre ?
On est un peu de tout ça, et rien à la fois. On expérimente, on essaie, on pose des questions, on tente des rapprochements, on hybride, on se déguise. Nous sommes des enfants en vacances dans un grand laboratoire. www.myspace.com/arandelmusic

Alexandre Cazac

Entretien avec Alexandre Cazac

10/04/11

 

Bon, une semaine de présence du label InFiné à la Gaité lyrique, qu’est ce que ça peut bien vouloir dire ? en général, c’est souvent autour d’un artiste, ou d’un thème ou de je sais pas trop quoi qu’il est question, et dans des lieux sacrément définis (genre de la galerie d’art, du musée, de la salle de concert lambda), bref du truc plutôt easy à expliquer…là, mince, c’est un peu plus dur, mais en gros, il s’agit d’offrir à un drôle de label, à l’histoire récente, la possibilité d’inventer et de tester des propositions artistiques sacrément intrigantes et méchamment dans l’air du temps…ok, ok, c’est quoi l’air du temps vous entends je pleurnicher, et là pas de panique, vous allez capter rapidos : InFiné, c’est d’abord un label (avant, on appelait ça une maison de disques…), jouant le jeu du possible, celui de l’abolition des frontières, du mélange des genres, de l’exigence et de l’élégance. C’est aussi un incubateur, un truc qui sert à murir des idées, des projets, du chelou sur le papier, mais qui transformé en objet, hop, on se dit que ça le fait, de biens beaux disques, aussi bien dans la forme que dans le fond. Ah oui, autre chose encore révélateur de l’époque, c’est la notion d’impossibilité à clairement définir le format, à finalement faire rentrer dans les cases de l’inconscient collectif une jolie semaine d’audace artistique…

Histoire d’y voir un peu plus clair, la parole est est à Alexandre Cazac, fondateur enthousiaste de ce label d’époque.

‘’Avec Sebastien Devaud (plus connu sous le nom d’artiste Agoria), on a créé le label fin 2003. Comme souvent dans ce genre d’histoire, l’idée du label est née de la frustration à ne pouvoir expérimenter ce qui nous semblait intéressant à mener en terme de projets artistiques. Je travaillais pour un distributeur et un label indépendant, et je souhaitais faire un truc à la fois ambitieux en terme d’esthétique et briser les barrières d’un certain conformisme de la musique électronique…j’étais (je le suis toujours d’ailleurs) le manager d’Agoria, qui venait de sortir son album Blossom et on partageait un certain nombre de points de vue sur le music business et la façon de promouvoir et soutenir les artistes dont on pourrait produire les disques. Un soir, ma compagne Vanessa Wagner, pianiste classique, m’a emmené aux Bouffes du nord, dans le cadre du concours d’Orleans, et là, j’ai découvert un type qui m’a totalement bluffé en interprétant au piano le classique de l’histoire de la techno Strings of life en plus de son répertoire de musique contemporaine…La rencontre avec Francisco Tristano fut donc le genre de déclic qui nous a décidé à franchir le pas : le premier maxi du label, signé Francesco et sa relecture du classique techno est sorti dans la foulée, et l’histoire était lancée.
Avec Agoria, nous souhaitions aussi ne surtout pas être catalogué ou identifié comme un label français, ni comme un label de dance music classique…bien sur tout cette identité, ces choix éthiques et artistiques se sont confirmés au gré des rencontres et des envies de chacun…Julien, en charge de la promo, est installé à Berlin, Martin, qui s’occupe de la gestion du catalogue éditorial m’a rejoint à Paris depuis un an et demi. Nos artistes sont résolument transfrontières : Clara moto est autrichienne, Murcof mexicain, Bachar Mar-Khalifé est libanais mais vit en France, Rone est parisien mais vit à Berlin…on sent bien qu’on a besoin de cette universalité, à la fois pour s’épanouir, mais aussi parce qu’on ne peut évidemment plus envisager le music business sur un territoire aussi réducteur que la France…tiens, clairement, on aurait besoin d’installer un bureau à New York, histoire de bien capter les rapports et les liens à inventer avec les américains…on s’est aussi posé dès le début du label de l’univers graphique dans lequel on souhaitait évoluer, et l’on a confié toutes nos pochettes de disques à un collectif de graphistes qui s’appelle Les éclaireurs. De plus, au delà du contenu des disques, nous voulions travailler avec des artistes ayant l’envie d’aller plus loin que la classique équation disque / scène. En cela, je trouve notre histoire assez réussie, nous avons mis en place depuis deux éditions, chaque été, une résidence dans un lieu mortel, La carrière de Normandoux, où les artistes se rencontrent et développent des idées parfois pas simples à mettre en place…c’est un peu une répétition ce qui va se passer cette semaine à la Gaité Lyrique, projet qu’on a maturé avec Vincent Carry (programmateur artistique du lieu) depuis quelques mois…c’est évidemment impossible de réduire ce rendez vous à des temps forts : à l’image du label, je souhaite que chaque projet soit considéré à le même échelle, et qu’il reflète un peu l’état d’esprit du label : enthousiasme, créativité, surprise, émotion, mais tout cela avec un fond d’ambition et de modernité qui nous apparaît essentiel pour capter et charmer le public.
Pour finir, je trouve aussi que notre époque est assez étrange et schizophrène : à l’heure de la crise du disque, je vois tout autour de moi une foison de trucs géniaux, de jeunes artistes qui n’attendent pas un hypothétique succès populaire ou égotique, et qui n ‘hésitent pas à bousculer l’establishement en faisant évoluer la musique, l’image de celle ci et la façon de la vendre…je suis hyper fan d’un label comme Hyperdub en Angleterre ou d’un gars comme Owen Pallet qui fait sonner les cordes à merveille…’’

Pour en savoir plus sur le label www.infine-music.com

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