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Jodi rend le net crazy

Wednesday 27 April 2011 Tags: interactive installation, net art
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Depuis 15 ans, le duo de net artistes, Jodi, pique et pointe les nouveautés, les dangers et les potentialités du net avec ses oeuvres déroutantes. Pionniers et perpétuels défricheurs du net, ils sont invités ce soir à la Gaîté lyrique par Marie Lechner dans son cycle "Folklore du web".
 
 
Le premier contact avec l'oeuvre de Jodi peut s'avérer traumatisante. Surtout si l'on se replace dans le contexte de l'époque. Deuxième moitié des années 1990, le PC est à peine domestiqué, le web encore balbutiant, les pages lentes à charger et les plantages réguliers, ce qui a alors pour effet de crisper n'importe quel utilisateur lambda.
 
Passé à la moulinette de Jodi, c'est comme si l'ordinateur était possédé. Les interfaces lisses et familières deviennent des paysages inhospitaliers et criards, faits de lignes de code, de syntaxe inconnue, de signes indéchiffrables, où l'on perd très vite ses repères. Les habitudes de navigation sont cassées, le navigateur se morcelle en myriade de fenêtres incontrôlables, les fichiers se dupliquent sauvagement et les messages d'erreurs abondent... Laisser Jodi s'infiltrer dans son ordinateur demande un certain courage.
Joan Heemskerk et Dirk Paesmans = “jo” + “di” = Jodi 
wwwwwwwww.jodi.org/
 
En 1995, le collectif pionnier du net.art, s'immisce sur le réseau avec jodi.org, une page web qui a l'air de dysfonctionner, code vert sur fond noir qui clignote. A cette époque, les internautes doués de vagues notions d'HTML auront vérifié la page source pour essayer de trouver le bug et découvert avec surprise le dessin en caractères ASCII d'une bombe H intégré dans le code. Cette sorte de bombe à retardement intégré dans le navigateur web était déjà une critique implicite de l'infiltration du commerce dans le World Wide Web émergent.
 

Notre premier contact avec l'intrigante entité s'est fait via mail. Aujourd'hui encore, on se délecte de leurs missives cryptiques, aussi fascinantes à parcourir et difficiles à déchiffrer qu'une pierre de Rosette. Jodi donne rarement le mode d'emploi pour appréhender son travail, préférant laisser l'internaute se démener. Seule constante dans le mode opératoire, utiliser les technologies de travers pour en révéler les structures et les idéologies cachées. En guise de hackeurs ombrageux, c'est un couple affable d'artistes quarantenaires issus de la photo et de la vidéo qu'on finit par rencontrer lors d'une exposition : Joan Heemskerk et Dirk Paesmans (“jo” + “di”), la première est néerlandaise, et le second belge.

mydesktop.jodi.org/
 
Qu'ils revisitent les navigateurs web façon dada avec wrongbrowser  ou oss.jodi, déconstruisent les bureaux d'ordinateurs ou désossent les jeux vidéos, comme Wolfenstein, Jet Set Willy, ou Quake 1, jeu de combat qu'ils ont transformé en cinéma abstrait, paysages graphiques avec des motifs géométriques qui se déforment au gré des commandes de claviers, ne conservant que les bruitages réalistes, avec des triangles qui hurlent et des carrés qui aboient, l'oeuvre protéiforme des codeurs/décodeurs est parcourue par cette tension entre contrôle et chaos. Le duo nous confronte avec le bruit (audio, visuel et émotionnel) devenu l'arrière-plan permanent de nos relations avec les ordinateurs personnels. Leurs logiciels sèment la panique sur les ordinateurs et mettent tout sens dessus dessous. Les terroristes du code caressent l'internaute à rebrousse-poil quant ils ne se le mettent pas carrément à dos en quelques clics. Une manière comme une autre de les inciter à aller voir au-delà de la surface. Ils perturbent un web de plus en plus formaté (que ce soit en matière de blog, de cartes ou de jeu vidéo) et une pensée standardisée. « Le but n'est pas de faire peur aux gens, mais c'est souvent la réaction qu'ils ont lorsqu'ils sont confrontés à des événements inattendus » déclarent-ils dans une rare interview vidéo au blog Motherboard.tv.
 
Les blogs par exemple sont volontiers décrits comme des outils permettant une démocratisation de la parole. Avec <$BlogTitle$>, Jodi démontre que cette liberté d’expression est illusoire. Les blogueurs doivent se plier aux conventions très strictes de l’outil sous peine de voir leurs pages détruites. Jodi refuse de se couler dans ce moule logiciel, renâcle à formater son expression, à se plier au langage en usage. <$BlogTitle$>, basé sur le logiciel de blog de Google, Blogger, ressemble à une page truffée d’erreurs, remplie de textes et de ponctuation illisibles, comme si le logiciel dysfonctionnait. Résultat, Blogger a supprimé plusieurs de leurs pages.
«Le but n'est pas de faire peur aux gens, mais c'est souvent la réaction qu'ils ont lorsqu'ils sont confrontés à des événements inattendus » Jodi
GeoGoo
 
Autres cibles, les ubiquistes Google Maps et Google Earth qui ont remodelé notre vision du monde, transformant la Terre en une immense surface commerciale. Via une série de hacks, Jodi emporte l'internaute dans un tour du monde psychédélique, jonglant frénétiquement avec les icônes ou traquant des figures géométriques dans le territoire, symboles maçonniques et autres sigles ésotériques.
 
Leur intérêt s'est progressivement déplacé vers les espaces sociaux du web 2.0, et leurs derniers projets forent la matière humaine du réseau, le folklore des usagers.
 
Dans The Folksomy Project, Jodi puise dans les innombrables vidéos amateurs de YouTube pour explorer les étranges relations d’amour/haine qu’entretiennent les utilisateurs avec les nouvelles technologies ; ici, une collection de vidéos de mises à mort de fétiches technologiques, là des chansons écrites par les utilisateurs pour célébrer (ou conspuer) ces machines. Le site regorge de chanteurs de salle de bain qui ne désespèrent pas de sortir un disque. Jodi exauce le vœux de certains d’entre eux, pressant des vinyles de leur performance, puis repostant la vidéo d’une platine jouant le disque sur YouTube. Manière de boucler la boucle.
 
Autre facette de leur exploration, le projet «Thumbing» où les deux artistes de Jodi proposent ; à partir de pouces filmés en gros plan postés sur YouTube, un autostop abstrait dans les méandres du site de partage de vidéos.

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Le Folklore du Web, rencontre avec JODI
Wednesday 27 April 2011
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